Personnalité du jour

Périple éclair à la Baie James

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La Jamésie, ainsi nommée était la seule région du Québec que je n’avais jamais visitée. Un ami, Serge Simard, y fait des affaires depuis près de 30 ans, particulièrement avec les autochtones Cree. Toutes les liaisons aériennes étant coupées avec les villages et réserves, le seul moyen d’y accéder est par la route. L’accès à la région étant rétabli par la route de la Baie James, il était possible pour moi de m’y rendre. Serge m’a donc offert de l’accompagner pour un raid éclair de 3 jours. Si on tient compte qu’il faut entre 15 et 18 heures de route pour se rendre à Eastmain au kilomètre 381 qui est un relais routier, cela signifie qu’on a passé deux longues journées sur la route et une journée sur place.

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Le trajet commence en territoire connu, la 170 nous amène vers Saguenay puis au Lac-Saint-Jean où après 4 heures nous arrivons à La Doré, entrée de la route de Chibougamau que j’ai déjà visitée à 2 entreprises. Un premier village autochtone n’est pas très loin, Oujé-Bougoumou où j’ai eu mon initiation aux réserves indiennes il y a une dizaine d’années. Nous avions visité un village neuf ayant la forme d’un aigle vu du ciel, mais il était désert. Tout le monde était parti à la chasse. C’était le Goose Break, période de chasse à l’oie.
On arrive ensuite sur Chapais et ses grosses scieries puis Waswanipi, village en bordure de route. Suit le petit relais routier de Desmaraisville qui n’a rien à voir avec nos Desmarais à nous. À Lebel-sur-Quévillon, après 10 heures de route, on bifurque enfin vers notre destination finale. Mais avant, un dernier avant-poste de la civilisation, la belle petite ville de Matagami où nous passons la nuit. Deux super beaux dépanneurs nous permettent de nous nourrir de notre gastronomie de voyage, c’est-à-dire des sandwichs, des sous-marins et des biscuits Big Daddy qu’on descend avec des pepsi diet et du café.

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Mardi matin, nous reprenons la route à 7h en route pour le 381 qu’il ne faut pas confondre avec le 281 où les hommes n’étaient pas très habillés. 381 pour 381 kilomètres sur la route de la Baie James. Progressivement, nous pénétrons dans un autre monde. La route est impeccable, un asphalte sans faille où il est agréable de rouler. En l’absence d’avions, il y a un peu plus de trafic, mais rien de dérangeant sauf plus tard sur la gravelle.

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Seul le mot “immensité” peut décrire ce qui suit. Ce sont des territoires vierges à perte de vue. Au début, il y a des feuillus et des résineux assez grands, mais au fur et à mesure, les arbres deviennent rabougris tels des bonsaïs japonnais et la vision s’étend très loin parce qu’il n’y a pas de montagnes. Ce qui attriste un peu, c’est que des millions d’hectares ont brûlés. On sait que ça repoussera, mais pour le moment, ça donne des paysages fantômatiques.

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Les rivières font la réputation de la Baie James et elles sont majestueuses, particulièrement celle sous le plus grand pont de la Gaspésie où Serge a fait voler son drone pour prendre des vidéos. Il est d’ailleurs pilote professionnel accrédité Transport Canada.
On arrive enfin au 381, on y prend notre chambre pour le soir. Il y a une cafétéria, ce qui nous permettra de manger un ou deux repas complets dans le pick up puisque la salle à manger est fermée à la cause de la COVID.

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En après-midi, nous partons sur le chemin du barrage d’Eastmain que nous ne verrons puisque Serge choisit une autre route. Il est responsable de son entretien et il doit faire une inspection pour s’assurer que tout est correct. C’est là où je rencontrerai le plus de Crees de mon voyage. Deux d’entre eux font du débroussaillage autour des poteaux électriques fraîchement installés et l’autre conduit le ”grader”.

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Malheureusement, les gens du sud comme nous n’ont pas accès aux villages-réserves en raison de la Covid19. Le passé nous a appris comment une épidémie peut être tragique pour les peuples amérindiens.

Entrée d'Eastmain

Entrée d’Eastmain

La route de Serge en gravelle est aussi impeccable, ce qui est le propre de tous les chemins que j’ai vus là-bas. Serge doit régler un problème. En l’absence de réseau téléphonique, il doit retourner au 381 pour démêler la situation, donc 2 heures de travail pour quelque chose qui aurait pu se régler en 10 minutes avec les communications modernes. Les distances sont énormes. Du 381 au village le plus proche, c’est plus de 2 heures aller-retour. J’ai toujours l’impression quand je monte dans le pick up de partir de La Malbaie pour aller à Québec.
Nous dormons au 381 dans de petits motels assez confortables. Il y a deux chiens sur place qui sont les hôtes de l’endroit, étant libres et se promenant sur le site en recevant les calins des visiteurs. Une anecdote circule à leurs sujets. Une nuit, un ours décide de se nourrir dans les poubelles du camp. Un des deux chiens se restaure en compagnie de l’ours comme avec un ami. L’autre, tout noir comme l’ours, mord les pattes arrière de l’ours pour qu’il dégage de son territoire. On pourrait appeler ça : scènes de la Baie James.

Motels du 381

Motels du 381

La journée du mercredi fut la plus éprouvante. Départ du 381, 2 heures de route pour Eastmain où nous ne pouvons même pas passer le barrage à l’entrée du village. Vers midi, en direction de La Malbaie. Au début de la soirée, nous passons entre une mère ours et son petit. On s’échange le volant, car la route est interminable. Petit arrêt au McDo de Roberval pour un souper gastronomique. Partis le matin nous arrivons à La Malbaie à 2h AM.

La Baie James, c’est la dernière frontière, les minières y sont très actives, notamment pour les métaux rares tels le lithium. Une mine va voir le jour à portée de jet de pierre du 381, propriété d’Australiens, d’autres comme la Némaska sont en activités. Le Nord est une richesse énorme pour le Québec, les Crees et les Inuits. L’entente de la Baie James et la Paix des Braves ont mis les communautés autochtones sur le chemin de l’entrepreneuriat. Ils ont délaissé leurs tentes d’il y a 50 ans pour des maisons modernes. Un grand nombre occupe des emplois et leur culture s’adapte lentement à tous ces bouleversements de leur mode de vie traditionnel.

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Je suis content d’avoir visité une partie de la Baie James et d’avoir un aperçu de la vie dans le Nord. Ces territoires constituent la majorité du territoire québécois et ça fait prendre conscience combien est immense notre province et comment cela constitue une richesse pour aujourd’hui et demain. Même si c’est malheureux, le réchauffement climatique rend ces terres de plus en plus accessibles pour l’exploitation des ressources naturelles. Les retombées de tout ça doivent améliorer la vie des autochtones et de tous les Québécois.