Personnalité du jour

Nageons la mer est belle: Nicolas Knap

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Il y a quelques semaines, Nicolas Knap réussissait l’exploit jamais réalisé de relier Saint-Joseph-de-la-Rive à l’Isle aux coudres de rive en rive à la nage. Un article de journal relatait que le nageur québécois Jacques Amyot, multiple vainqueur du Lac-Saint-Jean, avait fait la traversée, mais sans toucher terre à l’île. Aujourd’hui, nous vous relatons le parcours de ce champion qui n’était pourtant pas parti pour en devenir un dans un sport où se retrouvent des athlètes d’exception.

Nicolas naît en Côte d’Ivoire où ses parents travaillent. Jusqu’à l’âge de 7 ans, ils vivent à Abidjan, la capitale. Le seul souvenir qu’il en conserve, c’est qu’ils allaient à la plage tous les dimanches où ils commencent à s’initier aux plaisirs de l’eau. Revenu à Eragny sur Oise en région parisienne, il entreprend son parcours scolaire.  Sa mère souhaitait qu’il pratique une activité physique organisée. Il se tourne vers le judo, mais s’aperçoit assez vite que ce n’est pas ce qu’il aime. Il s’ennuie tellement qu’il s’arrache les ongles de pied. En France, la natation est obligatoire dès la maternelle et il y a une piscine près de chez lui. Il s’inscrit au club de natation. Il nage, fait un peu de water-polo et de nage synchronisée. Il commence à s’entraîner 3 fois par semaine. Il change d’école vers Cergy Pontoise pour le lycée. Il y a une piscine tout près. Sans talent particulier à ce moment, il monte la cadence à 5 entraînements par semaine. Il commence à faire quelques compétitions régionales sans résultat significatif. Devant choisir une carrière, il tente d’intégrer un programme de sports-études pour faire carrière en sport, mais il n’est pas accepté. À 18 ans, après une année difficile, il fait les examens du BAC (secondaire 5+1). Il est sûr d’être recalé et organise les prochains mois en fonction de cet échec appréhendé. À sa grande surprise, il est admis.

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Donc, il a un an avec rien devant lui. Il change d’entraîneur en natation, un type très dur. Hormis s’amuser à imprimer des t-shirts chez lui, il monte la cadence à deux entraînements par jour. Il se retrouve en championnat de France dans la dernière catégorie, ce qui est tout de même tout un saut vers l’avant. Il se dirige vers une certification de Maître Nageur qui lui permettra de travailler. Il en est maintenant à 3 entraînements par jour. Sa spécialité est le 1500 mètres,  ce qui se rapproche un peu d’une longue distance. Il a de la difficulté en compétition n’arrivant pas à avoir le mental nécessaire.

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Traversée du Lac Memphrémagog

Il change une nouvelle fois de club en 1995, il a un premier contact avec la nage en eaux libres de longue distance. Au début, il est terrorisé. Lui qui ne connaît que les piscines, reste figé devant les eaux noires et froides d’un lac, n’ayant jamais nagé dans ces conditions. Sa première compétition est une catastrophe. Il fait les pires erreurs et c’est complètement raté. Sa réaction est de s’entraîner encore plus fort et là sa carrière démarre.

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Équipe de France, Nicolas 2è à gauche

Il est maintenant au niveau national et il peut toucher des primes monétaires. À la grande surprise du monde de la nage en eaux libres, il finit deuxième d’un 25 km au lac du Bourget en Savoie dans les Alpes. Il se qualifie pour la coupe un certain du monde. Il nage des 5 heures d’affilées pour s’entraîner. La peur des lacs est disparue et il nage des marathons de 25km et plus.

À sa première course internationale, il vise le top 20. Il s’élance et après quelque temps, ses accompagnateurs lui disent qu’il est dans le top 10, ensuite dans le top 5 et finalement il finit en 3e place.

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Coupe du monde professionnelle à Parana, Argentine

Il commence à faire des épreuves professionnelles où des  bourses sont en jeu. Il visite plusieurs pays dont le Québec au lac Memphrémagog et au Lac-Saint-Jean. En 1998, au lac Saint-Jean, les 10 meilleurs au monde abandonnent en hypothermie, la température de l’eau était à 13C. Nicolas Knap a aimé notre pays et il revient nager pour l’université Laval et l’université de Sherbrooke. Il subit deux opérations aux épaules et se sépare de son entraîneur qui était devenu toxique. Malgré tout, il finit 2e à Memphrémagog au début des années 2000. Il rate le championnat du monde au Japon par 2/100ème de secondes et il met fin à sa carrière et s’installe définitivement au Québec.

De 2002 à 2014, il ne nage pas en eaux libres. Il est entraîneur à Granby, locateur d’automobiles et finalement il arrive dans Charlevoix où il reste 3 ans et fonde un club de natation à Baie-Saint-Paul. Il cumule 4 emplois pour tenir le coup. La nage longue distance lui manque et il veut la faire en solitaire pour sa propre satisfaction. Ses objectifs sont : 1- se remettre en forme 2- faire des traversées 3- nager en solitaire. Son premier objectif est le détroit de Giblaltar(+ou-15KM)  qu’il réalise avec les meilleurs temps canadiens et français. Il investit 7000$ dans ce projet.

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Photo Alain Caron

Cette année il devait aller au Japon, mais la COVID a contrecarré ses plans. Qu’à cela ne tienne, il choisit de faire la traversée dans Charlevoix. C’est en maillot qu’il se lance dans les eaux du Saint-Laurent. La température moyenne de l’eau est à 16C. Il refuse de porter une combinaison, car cela dénature l’esprit même du sport en ajoutant de la flottaison et de la vitesse. Il a eu l’aide de l’équipe de la Grande Traversée qui était convaincue qu’il ne réussirait pas. Comme il a déjà nagé à -1C en hiver, son corps est habitué au froid et semble-t-il que si nous allions souvent dans les eaux du Saint-Laurent, nos corps pourraient aussi s’habituer, car notre organisme a une mémoire des conditions dans lesquelles il évolue.

Nicolas Knap compte continuer à faire des exploits personnels à 47 ans. Il aimerait avoir un ou des commanditaires, car les coûts sont importants. Par exemple, la traversée qu’il veut faire au Japon coûte 10 000$ seulement pour l’inscription. Il vit maintenant à Québec où il travaille en réadaptation physique.