Mon Pointe-au-Pic Personnalité du jour

Ma tante Madeleine Harvey (1944-2016)

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Aujourd’hui je veux rendre un hommage, qu’elle n’a jamais eu, à une véritable sainte. C’était ma tante Madeleine Harvey, décédée en 2016.

Une famille étendue

Ma tante est née à la fin de la deuxième guerre mondiale dans la côte Bellevue à Pointe-au-Pic. C’était le territoire de ma famille paternelle depuis plusieurs générations. Une grande partie des habitants de ce petit bourg sont parents. Y a ma grand-mère Donalda, son frère mon oncle Leopold et sa femme Zérilda, mon oncle Bebé et ma tante Annette, ma tante Joséphine et son légendaire mari, le bûcheron Arthur Savard. Mon oncle Rodolphe Bouchard opérait son dépanneur et plus haut avec mon oncle Henri et ma tante Georgette, on était parent des deux bords.

En fait, ma seule vraie tante dans cette famille étendue était ma tante Madeleine, sœur de mon père. Les autres étaient plutôt mes grands oncles et tantes mais dans ma jeunesse on ne faisait pas de différence.

Enseignement et mariage

Madeleine a donc grandie dans cet environnement quasi tribal ou la famille et la religion sont les valeurs les plus importantes. Le temps venu, elle doit choisir une profession. Avec sa cousine Raymonde Bergeron, elle choisissent de faire l’école normale à Baie-Saint-Paul ce qui était à l’époque un choix privilégié pour les filles, encore plus si vous aviez été sous la supervision des Petites Franciscaines de Marie depuis votre première année primaire.

C’est à cette époque qu’elle rencontre son futur mari, mon oncle Louis Desbiens de Clermont. Il travaille à la Donohue sur les machines à papier. Après les fréquentations d’usage ils se marient avec  réception au Danube Bleu. Peu de temps après, un enfant est en route qui sera ma cousine Caroline Desbiens. Ils habitent un temps face à l’ancienne école primaire puisque Madeleine y enseigne en 4e année. Elle m’a d’ailleurs enseigné. Par la suite ils achètent une maison mobile de 70 pieds et retournent au bercail de la Cote Bellevue. Si Madeleine était une sainte, mon oncle était un dieu pour moi. J’avais une admiration et un amour sans borne pour cet homme qui était un mentor et un modèle extraordinaire. Chasseur de canard, pêcheur et surtout excellent coach de hockey, il est vénéré par beaucoup de p’tits bouts de cul de Pointe-au-Pic et du rang Saint-Charles dont il est l’entraîneur. Déjà la roulotte comme on l’appelle est un refuge pour moi car il règne un atmosphère de bonheur et de positivisme. J’ai accès aux livres de mon oncle Louis qui a un esprit scientifique et curieux.

Un drame épouvantable

En novembre 1974, arrive un drame horrible. A 33 ans mon oncle Louis est tué dans un accident de travail au Moulin de Clermont. J’ai l’habitude de dire qu’il est passé entre deux rouleaux de papier mais je ne sais pas exactement comment ça s’est passé. Un deuxième enfant vient tout juste de naître.Dans la famille c’est un drame immense. Madeleine se lance alors dans une quête spirituelle pour l’aider à surmonter cette terrible épreuve. Encore une fois je me retrouve souvent chez elle, dans Bellevue, en haut de chez mes grands-parents. Je lis les livres de ma tante, ceux du voyant Belline et de Martin Gray, survivant des camps de concentration nazi qui a perdu toute sa famille dans un incendie. Mais Madeleine se réfugie aussi beaucoup dans la religion avec l’aide constante, discrète et dévouée des Petites Franciscaines qui ont eu une importance majeure pour elle tout au long de sa vie.

La vie reprend son cours

Après un certain temps elle se fait un nouveau conjoint, un homme tout aussi bon que l’était mon oncle Louis. Daniel Cauchon de La Malbaie sera fidèle à ses côtés jusqu’à la toute fin, il sera un père pour les enfants et un grand-père pour Frédérique la fille de Caroline qui sera championne canadienne de vélo de montagne. Au fil des ans elle vivra d’autres épreuves comme la fermeture de son commerce de décoration intérieure, Dama Décor. Elle veille sur ses enfants jour et nuit quand ils ont besoin d’elle. Elle n’a de cesse d’encourager ses ami-e-s et connaissances lorsqu’ils ont des moments difficiles. Sexagénaire, elle se remet à l’enseignement dans les écoles primaires. Elle retourne même à l’université à temps partiel. Sans surprise, elle est une associée des PFM. Elle s’implique dans la sauvegarde l’église de Pointe-au-Pic, elle fait la catéchèse pour les jeunes. Sa foi est pure et même si on est pas religieux on ne peut faire autrement que de s’incliner devant tant de bonté. Je ne l’ai jamais entendu dire un seul mot contre personne. Si elle avait des défauts elle les cachaient bien, peut-être bien un petit travers, elle parlait beaucoup. Parfois il fallait l’arrêter un peu mais c’était tellement pas grave.

Je devais lui rendre hommage

C’était important pour moi de rendre cet hommage à ma tante décédée en 2016 à l’âge de 72 ans d’un cancer. C’était le genre de personne qui vous fait croire en la bonté de l’humanité. Je suis privilégié d’avoir eu une tante comme Madeleine. Beaucoup de personnes regrettent encore son départ car elle a aidé beaucoup de personnes à traverser des épreuves parce qu’elle aussi était passée par là. Aujourd’hui on a tendance de jeter le bébé religion avec l’eau du bain mais chez certaines personnes cela réussit vraiment à leur donner un coeur pur et aimant. C’était le cas de ma tante Madeleine que je n’oublierai jamais. C’était une personne simple sans extravagance qui n’a fait que le bien dans son passage sur la terre et on ne retrouve pas des gens comme elle à tous les coins de rue.