Personnalité du jour

Éric Gagné chez les Attikameks en pleine pandémie

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Éric Gagné est de La Malbaie, fils de Gilles Gagné, décédé à 40 ans et Suzanne Néron de Saint-Fidèle. Son père a travaillé à la Poulette Grise et à IRECO (dynamite) à Clermont, mais il est décédé subitement en 1973 d’un infarctus. Peu de temps auparavant, il avait accompli un geste héroïque en sauvant des flammes Jean-Louis Asselin, fils de l’Honorable Martial Asselin qui a perdu le reste de sa famille dans cet incendie encore dans la mémoire collective. Sa mère se retrouve seule avec 6 enfants à charge. Heureusement à l’époque la solidarité familiale fait en sorte qu’ils reçoivent de l’aide des proches. Christine, Micheline, Lucie, Danielle, Annie et Éric constituent la cellule familiale avec Suzanne. Le soutien des proches fait en sorte, par exemple, que toute la famille peut pratiquer le ski au Mont Grand-Fonds. Dans le cas d’Éric, c’est à partir de l’âge de 5 ans, ce qui lui permettra plus tard d’enseigner le ski pendant 2 ans. Concernant sa scolarisation primaire et secondaire, Éric mentionne qu’il n’a jamais pris l’autobus, habitant toujours assez près des 3 écoles malbéennes pour faire le trajet à pied. Il dit que sa mère, décédée en 2016, était une sainte pour réussir à élever ses enfants dans des conditions pas faciles.

Éric Gagné est un sportif. Le ski fut son premier sport et il le pratique avec assiduité pendant de nombreuses années. Même s’il pratique plus le ski de fond aujourd’hui, il a été très actif comme enseignant au Grand Fonds et au Massif, et comme employé de la boutique de ski au Mont Grand-Fonds. Il a même participé pendant un an à la création de nouvelles pistes de ski dont la Nagano. Il enseigne même le ski en Alberta ce qui lui permettra de perfectionner son anglais.

Au Mont Grand Fonds avec Sheila Flores de Brooklyn

Au Mont Grand Fonds avec Sheila Flores de Brooklyn

C’est aussi un grand cycliste. Il roule approximativement 5000 kilomètres par année, d’abord en vélo de montagne puis en vélo de route. Même s’il roule beaucoup en solitaire, il fait aussi partie d’un groupe de cyclistes malbéens comprenant Denys Samson, Charles Rochette, Bernard Savard et bien d’autres qui dévalent les kilomètres sur nos routes chaque été. Il subit quelques blessures au cours de ses activités, notamment au ligament d’un genou, qui l’oblige à ralentir un peu en ski, mais le vélo a pris la relève.

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Côté professionnel, Éric fait d’abord un DÉC. en techniques de la documentation même s’il sait dès le début qu’il n’en fera pas une carrière. Il travaille un peu à la bibliothèque de La Malbaie à l’automne 1992 et décide de retourner à l’université pour des études en enseignement secondaire en français plus un certificat en géographie où il fréquente les mêmes classes que son épouse, originaire de Clermont. En 1993, il se marie alors qu’il est en formation. À la sortie de l’université, les emplois de professeurs sont rares, les baby-boomers étant alors dans la force de l’âge. Il fait de la suppléance pour la commission scolaire et il achète le Bar à Jazz avec Mathieu Lapointe et Michel Brisson. Il est aussi directeur de l’école de ski du Mont Grand-Fonds. En 2000, il prend une pause de l’enseignement et part dans l’Ouest canadien où il travaille dans le domaine du ski. En 2003, il reprend sa carrière d’enseignant pour les 17 années suivantes, mais toujours à statut précaire, sans permanence. En 2014, il change de domaine et rejoint Julien Dufour dans les services financiers. Il travaille un an et s’aperçoit que ce n’est pas un domaine fait pour sa personnalité.

Les prochaines années, ils les passent en Alberta où il enseigne dans des écoles francophones en milieu rural. Il a même une classe de 6e année sous sa gouverne. Il débute à Grande Prairie et poursuit à Medicine Hat.  Il débute un diplôme supérieur en gestion d’établissement parce qu’il vise des postes de direction d’école. C’est qu’alors qu’arrive une expérience hors du commun. Parce qu’il connaît une personne de Charlevoix nommée Nathalie Potvin, il applique sur le poste de directeur de l’école secondaire du village Attikamek d’Obedjiwan en Haute- Mauricie et il obtient le poste. L’école s’appelle MIKISIW (qui signifie Aigle). Il y a 150 étudiants.es pour les cinq niveaux du secondaire. À son arrivée là-bas à l’automne 2019, il subit un véritable choc culturel. D’abord la distance, il n’y a pas âme qui vive à trois heures de route à la ronde. C’est un 8-9 heures de route de La Malbaie en grande partie sur un chemin forestier. La communauté vit une situation de pauvreté. Le leadership économique n’est pas très développé.

Éric a dû vivre avec la COVID avant la fin de sa première année et ça continue. Les accès aux réserves autochtones sont très serrés, car leur système immunitaire a plus de fragilité. L’école ouvre et ferme au gré des diktats de la santé publique et Éric fait ses premières classes comme directeur dans un contexte difficile. Il a travaillé en ligne de mai à juin, moment où il est retourné à Obedjiwan. De plus, il a une nouvelle amie de coeur originaire de Clermont, mais qui habite Terrebonne au nord de Montréal. Au début, il venait à La Malbaie très souvent, maintenant il quitte la réserve aux 5 semaines. Il a abandonné l’idée de faire du vélo là par manque de distance et de dénivelé. Il fait ses classes à la dure, mais il apprend beaucoup.

Il n’est pas le premier Charlevoisien à travailler dans cette communauté. Certains se souviendront de Rachel Veer, Suzanne Otis ou Yves Léger qui ont fait leur bout de chemin chez les Attikameks. Ce peuple essaie de réconcilier la vie moderne avec ces traditions à des centaines de kilomètres du plus proche village. Éric Gagné a un rôle important à jouer, car les jeunes sont le futur de ce peuple qui souffre trop parfois.