Paroles d'Harvey

Les personnages de mon enfance

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Je suis de Pointe-au-Pic et mon enfance s’y est déroulée. C’est une période un peu magique où on découvre la vie. Tout est un peu accentué plus grand que nature. C’est le cas des gens qui nous entourent que s’ils sont un peu spéciaux deviennent des personnages. Je vais en décrire quelques-uns mais je vais parfois changer les noms pour ne pas froisser les familles qui restent.

Louis à Gonzague: la peau très foncée, peut-être un peu indien, il aimait beaucoup la bière. Il semait des bouteilles de bières cachées tout le long de son chemin dans le village pour ne pas en manquer. Il se tenait près des dépanneurs et des camions de bière ou les employés lui en donnait une ou deux lorsqu’il donnait un coup de main. Nous, on avait un peu peur de lui, car il ne faisait pas de cas de nous et ne parlait pas beaucoup.

Acide Larue: classé handicapé mental, il parcourait jovialement la rue principale à pied ou en vélo à 3 roues. C’était le ramasseur de tops de cigarettes du village. Plus ils étaient longs, plus c’était intéressant pour lui. Malgré son corps d’adulte il était un enfant comme nous.

Ti-Jean Basile; le plus connu de tous qui a fait l’objet d’un roman de mon ami Mario B. Tremblay; 12 hameçons 12 éperlans. Pêcheur miraculeux, on veut toujours lancer notre ligne à ses côtés, pas pour jaser, il ne parle pas. Toujours en vélo avec un style de pédalage très lent et distinctif. Une véritable légende.

Ti-Bob Belley: propriétaire ou employé  d’un restaurant casse-croute, il a inventé une sorte de hamburger célèbre où tout est dans la sauce. Les Malbéens en mangent encore en quantité malgré le décès de l’inventeur. Il était un grand amateur de hockey et il a beaucoup suivi et aidé les équipes locales. Il ne reculait pas devant une bonne bière ou douze.

Noiraud: Chaque village avait son noiraud en accord avec une coloration foncée de la peau. Le nôtre avait un petit défaut de langage qui faisait qu’on l’appelait plutôt Noileau. Il fut même policier dans notre municipalité.

Les jumeaux Duguay: Originaires de Rivière au Tonnerre, ils pratiquaient leurs passes de karaté sur nous, ce qui nous faisait un peu peur. L’un d’eux est retourné finir ses jours dans son village d’origine et l’autre est resté avec nous jusqu’à son décès. Marcel parcourait le village avec sa guitare et son chapeau de cow-boy, mon grand ami Francis Baillargeon l’avait photographié et lui avait imprimé un poster comme â une vedette qu’on avait afficher au quai de Pointe-au-Pic. Jamais vu quelqu’un d’aussi fier de Marcel ce jour lâ.

 

Ti-Dan Bilodeau: Vendeur de pool de hockey à 25 cents, accordéoniste. Ses expressions favorites étaient “Bill Goldsworthy et Walter Tcatchuk” allez savoir pourquoi. Il était taquin et avait toujours une blague à raconter.

Vernon Lupin : celui là était plus inquiétant, nos parents disaient qu’il partait sur des brosses et ça durait des jours des jours. On voyait des femmes habillées légèrement arrivées chez lui pendant ses légendaires brosses.

L’homme au sac: appellons le Roger, il avait l’habitude d’aller s’acheter de la bière au dépanneur Boies. Lorsque monsieur Boies voulait mettre la bière dans un sac: Roger sortait quelque chose de sa poche en disant: Laisse faire j’ai mon sac. Ainsi madame Roger ne voyait pas qu’il revenait du dépanneur avec le liquide recherché.

Peteu : Restaurateur bien connu qui nous régalait. Très efféminé il ne bénéficiait pas de la compréhension que l’on a pour la différence aujourd’hui. Tout comme Robert qu’on appelait Roberte â La Malbaie qui était un transgenre â une époque oû celâ suscitait plutôt de la discrimination que de la compréhension.

Dans un village il y a des choses plus tristes souvent reliées à l’alcool et à la toxicomanie. Combien de nos pères et grand-pères  ont fait la deuxième guerre mondiale et en sont revenus profondément traumatisés. Dans ce temps là, le stress post-traumatique n’était pas connu. Le seul médicament disponible était l’alcool et plusieurs anciens soldats se mouraient dans le silence et dans l’alcool. Il y avait aussi quelques dames seules qui se faisaient livrer leur gin en taxi. Ce n’était pas mes héros, mais j’ai maintenant de la compassion pour ces personnes qui n’avaient accès à aucune aide. Je me souviens aussi d’eux comme des personnages plus sombres de mon enfance.

D’autres ont été plus connus et ont dépassé les frontières de Pointe-au-Pic, ils ont suscité chez moi de l’intérêt et parfois de l’admiration, pensez à mon grand oncle le bûcheron Arthur Savard, l’auteur compositeur interprète Jean-Yves Belley, le lecteur de nouvelles de Radio Canada, Normand Harvey, de parenté éloigné. Mon petit cousin, Jean Harvey comédien dans Lance et Compte et Macaroni tout garni, la comédienne Gisèle Dufour, Joel Denis qui a des origines a Pointe-au-Pic etc.

Il y avait aussi des personnages de la noblesse des villégiateurs. Monsieur Erskine Buchannan qui portait toujours le kilt écossais durant l’été. Guy Van Duyse et sa magnifique maison (la plus Belle) aujourd’hui propriété de mon ami Serge Simard. Si vous êtes intéressés, elle est a vendre 899 000$. Madame Kennedy qui nous poursuivait avec un balai parce qu’on volait des pommes dans son pommier.

J’aimerais beaucoup en savoir sur les personnages dans votre ville ou village. Parlez-en ici en commentaire ou écrivez-moi au Info@harveysri.com, je me ferai un plaisir de les faire connaître. Nos villages et villes sont tellement riches de ces humains dont on garde le souvenir. Moi je ne veux pas les oublier.