Il me semble qu’il y a beaucoup plus de crimes qu’avant dans Charlevoix. Ou est-ce peut-être une impression ? Est-ce que ce serait plutôt parce les médias couvrent beaucoup ce type de nouvelles? Il y a quelques décennies, avec mon ami Dave Kidd, nous nous obstinions sur le sujet.

En écoutant le radio police, je me bidonnais pour un vol de tomates dans un jardin à Beaupré ou de vêtements sur une corde à linge par un voleur tout nu. Pour moi, les affaires judiciaires, c’étaient des vols de bobettes, expression que j’utilise encore à l’occasion. Un autre champion du vol de bobettes était Jean-François Bard de Baie-Saint-Paul aujourd’hui à Rivière-du-Loup. Il avait l’oreille collée aux communications policières 24 sur 24. Certains citoyens sont aussi sur les ondes de radio police et sont informateurs de nos journalistes. Ça permet de savoir lorsqu’il y a un accident ou une situation d’urgence. La presse ne se mêle pas de la violence conjugale, des batailles, des overdoses et des suicides et c’est une bonne chose. C’est déjà assez triste pour rendre ça public en plus.

La genèse du crime

La première fois que j’ai eu connaissance du système judiciaire, j’étais enfant et mon père avait été choisi comme juré dans un extrêmement rare procès pour meurtre à La Malbaie. L’accusé, un gars de Saint-Siméon, avait été acquitté, on avait conclu au suicide. Le jury avait été séquestré et mon père avait eu la chance de coucher au chic hôtel Hovington. Jusqu’à l’âge de 25-30 ans, je n’avais plus entendu parler d’un meurtre dans Charlevoix. La première fois, je me souviens que c’était sur la rue de La Lumière à Baie-Saint-Paul où un homicide avait été commis. Par contre, il y avait une potence dans la cour du Musée Roland Gagné à Pointe-au-Pic, il est établi qu’elle ait servir à pendre un meurtrier au Palais de Justice au 18e siècle, le crime ayant été commis dans le Golfe Saint-Laurent. Ce n’était pas quelqu’un de Baie-Saint-Paul qui avait mal pris le déménagement du Palais de Justice vers 1870…

Mon grand-père était taxi à Pointe-au-Pic, il avait toujours une barre de fer sous son siège. Il conduisait la nuit les fins de semaine et les clients n’étaient pas toujours gentils. Son beau-frère, mon oncle Léopold Bergeron, avait fait le voyage à Montréal dans son coffre de char gracieuseté des membres d’une famille connue pour leurs méthodes plutôt rudes. Vous avez sûrement eu connaissance d’autres crimes à l’époque moins médiatisés. Charlevoix n’était pas à l’abri. Mais combien ont été commis sans être dénoncés ? Combien de femmes et d’enfants battus? Combien d’abus sexuel ? À l’époque on disait que tel homme faisait maison nette lorsqu’il était chaud, c’était quoi sinon de la violence conjugale ?

Un ex-maire de Pointe-au- Pic aujourd’hui a abusé de sa fille qui a développé une grave maladie mentale par la suite. Elle a rendu son histoire publique. Mais son père, qui était un héros de la deuxième guerre mondiale, probablement avec un très grave choc post-traumatique, n’a jamais été accusé. Le batteur, l’abuseur qui peut être aussi une femme, est peut-être votre cousin ou votre voisin. Si on a connaissance, il faut dénoncé pour tenter d’empirer une situation productrice de malheur.

Les crimes sur la place publique

Mais la justice change, la société aussi et les présumés crimes sont de plus rendus publics. D’autres meurtres, très peu nombreux heureusement, se sont produits ces dernières années. Le crime organisé est venu déposer des cadavres en forêt espérant qu’ils ne soient pas retrouvés. Les vendeurs de drogue qui sont parfois des gens que je connais depuis 50 ans font régulièrement l’objet de rafle policière. Jamais rien de spectaculaire, de petites quantités, les vrais trafiquants se plaçant hors d’atteinte depuis toujours. Dans les années 80, de nombreuses rumeurs circulaient à propos de citoyens socialement bien placés qui auraient été à la tête du trafic de drogues dans Charlevoix, jamais personne n’a été inquiété. Le seul malfrat connu et avéré que j’ai connu était Yvan Check propriétaire de l’hôtel Charlevoix. Vous savez quoi? Tout le monde l’aimait. Il était très sympathique. J’ai moi-même été témoin d’échanges de service entre lui et les policiers. Il savait se placer les pieds.

Aujourd’hui, le Palais de Justice nous renvoie une image triste de notre région. Abus sexuels, violence envers les personnes âgées, délit de fuite mortel et meurtre. Est-ce parce qu’on en parlait pas avant ? Je pense qu’il a de ça. Encore une fois, ne me jugez, je connais des gens qui on fait dans la pédophilie internet et des auteurs de crimes sexuels certains datant des années 80. Ils ont fait de la prison et on n’en a jamais entendu parler. L’un d’eux décédé depuis longtemps avait sévi dans les années 60 ou 70. Certains prêtres ont quitté vite Charlevoix on peut se douter pourquoi. Ho! Nous ne sommes pas parfaits, mais nous sommes mieux qu’ailleurs. Le fait qu’on soit tissé serré rend moins facile la commission de crimes en toute impunité.

Mais depuis quelque temps le crime s’affiche. Les rôles du Palais de Justice sont scrutés par les journalistes. Dave Kidd fut un pionnier en la matière. Il est passé outre au tabou du silence charlevoisien qui faisait qu’on ne parlait pas de ces choses-là, car tous les criminels ont des familles qui sont trop souvent stigmatisées. Elles n’ont pourtant rien à voir avec le comportement délinquant de leur parent. Si tu transgresses la loi, si tu abuses, blesses ou tues une autre personne, tu mérites d’être connu du public. Par contre, la présomption d’innocence existe, mais bien souvent le crime est évident.

Maintenant je barre mes portes

Jusqu’à tout récemment, je n’ai jamais barré la porte de ma maison, même si je partais plusieurs jours, même chose pour les portières de l’auto. Ce temps est révolu, je me suis fait faire des clés et mon Ford se barre automatiquement. Je me suis laissé rattraper par cette hausse de la criminalité dans Charlevoix et par tout ce que je vois à Salut Bonjour le matin. Je vieillis et je deviens plus peureux comme mon grand-père vers la fin de sa vie. Charlevoix reste une région ultra sécuritaire, un quasi paradis en ce qui a trait au crime. Tous ceux et celles qui vivent dans des endroits dangereux devraient cibler notre région pour une vie calme et tranquille.