Paroles d'Harvey

Pénurie en tourisme, une réflexion s’impose

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Demain le mardi 4 février, les forces vives du tourisme dans Charlevoix se réuniront au Domaine Forget pour parler de main d’œuvre. Je dis tout de suite que j’y serai, car je suis travailleur autonome dans le domaine du recrutement international. Mon objectif premier est le recrutement d’étudiants pour les cégeps, commissions scolaires et universités et accessoirement de stagiaires et de travailleurs. C’est donc dire que j’ai un intérêt, mais j’ai surtout quelque chose à dire.

Un restaurateur de La Malbaie très déprimé m’a appris cette semaine qu’il n’y aurait pas de candidats intéressés à la formation de cuisine d’établissement cette année. Si c’est vrai, ce ne serait pas la première fois.  La formation bat de l’aile depuis plusieurs années de même que la formation en service de table. S’en est suivi une longue discussion pour essayer de comprendre cette désaffection vis-à-vis de la profession. On ne peut mettre la gravité de cette situation sur un seul facteur. Le vieillissement de la population et le nombre de formations offertes dans d’autres domaines comme la santé ou les salaires sont meilleurs, ont une influence. Malgré toutes les émissions de cuisine, Les Chefs, Ricardo et autres, le métier de cuisinier n’attire plus beaucoup. La majorité des gens blâme les salaires bas. Aucune enquête ne nous donne de vraies données à ce sujet dans Charlevoix. J’ai l’impression que ça varie beaucoup et que ça n’explique pas tout. Les cuisiniers sont des êtres très mobiles et certains changent très souvent d’établissement. On entend aussi des histoires d’honneur, des travailleurs venus de l’étranger avec des promesses sont largués sans ressource aussitôt que l’achalandage baisse. Ce qui n’est pas pour donner une bonne réputation â notre région.

J’ai travaillé en France pour recruter dans les écoles hôtelières pour des stages d’études au Québec. Je me suis bien vite aperçu qu’il y a aussi une pénurie de cuisiniers en Europe, ce qui fait une pression à la hausse sur les salaires. En France, les stagiaires sont traités aux petits oignons : logement gratuit, déplacements payés, nourriture fournie et un dédommagement de 800$ pour deux mois de stages. On est loin de ça au Québec, les stagiaires ont encore des conditions de cheap labour. Les étudiants en hôtellerie en Europe sont formés en cuisine, en service de table et en service à la clientèle. Quand on leur offre un stage uniquement en cuisine seulement, ils disparaissent dans le cyber espace, car ils se considèrent comme des travailleurs polyvalents de l’industrie. Comme nous cherchons à combler des besoins à court terme dans les cuisines nous les faisons fuir. Ils vont préférer la Lettonie ou la Grèce où ils pourront exercer tous les aspects du métier.

La piste des étudiants internationaux qui n’est pas un chemin facile à cause des exigences de plus en plus sévères et onéreuses en matière d’immigration, pourrait mieux exploiter dans Charlevoix. Mais surtout il faudrait que tous les intervenants, qui on chacun leur bout d’expertise, soient assis â la même table pour établir une stratégie régionale autour de Vise Charlevoix qu’il conviendrait de mieux connaître et d’élargir. Même si ça fait parler les gérants d’estrade, une ou des missions â l’étranger peuvent rapporter. Pour le moment, c’est l’organisme Québec International qui s’en charge à des prix inaccessibles pour nos entreprises et en tenant compte que Charlevoix a environ l’importance d’une “crotte de mouton” dans ce boys club de la Ville de Québec.

La pénurie ne se résorbera pas d’elle-même. Ce n’est pas en multipliant les petites interventions qu’on va y arriver. La priorité pour nous est le secteur touristique, car c’est le plus difficile à doter, ce qui n’était pas le cas dans les années 80 ou plusieurs Français, qui sont aujourd’hui de vrais Charlevoisiens, sont venus s’établir. Recruter ça coûte, il faut investir, mais il faut que les livreurs de service ou de stratégie aient une obligation de résultat, car dans le domaine du recrutement, on peut souvent être déçus pour toute sorte de raisons. Historiquement, ce sont les Européens et bien particulièrement les Français qui ont beaucoup été impliqués dans le développement de l’offre touristique de Charlevoix, j’en nomme quelques-uns : Louis Serre, Jean LeMouel, Régis Hervé, Guy Bessonne, Guy Rousset, Alain Véry et bien d’autres que je ne connais pas.

Espérons que la rencontre de Tourisme Charlevoix nous lance sur des pistes prometteuses pour le futur de notre industrie.