mon Saint-Irénée Personnalité du jour

Au Royaume de Suzanne Rhéaume

suzanne

Suzanne Rhéaume est native d’Ottawa. Elle est donc franco-ontarienne. C’est une identité puissante chez ceux et celles qui la possèdent. Ce sont des personnes qui travaillent fort pour conserver leur identité francophone entourée de la majorité anglophone. Le parcours de Suzanne nous démontrera comment elle a livré ce combat en tant que fonctionnaire fédérale, éducatrice et auteure publiée.

Renvoyée de l’école à 5 ans

À l’âge de 5 ans, après 2 mois d’école, on la renvoie à la maison. Elle conteste trop l’autorité de la maîtresse. Elle change d’école et elle se distinguera par son leadership comme présidente de classe. Ses études secondaires se font chez les Filles de la Sagesse au Couvent Notre-Dame-de-Lourdes. Elle choisit l’option sciences dans une école orientée sur la culture. L’arrivée des garçons en 12e année cause toute une commotion chez les jeunes filles à la recherche de l’amour. Elle fréquente 3 universités ontariennes, l’Unversité d’Ottawa (bilingue), Carleton et Queen (Kingston). Elle est la quatrième génération de sa famille à fréquenter l’Université d’Ottawa. Un de ses oncles, Oblats, a même été recteur.

Carrière féconde au fédéral avant ses 30 ans

Comme des centaines de finissants de ces universités, elle devient fonctionnaire fédérale. Entre autres, elle est agente de communication pour le ministre fédéral Charles Bud Drury, ministre d’État à la Science et aux Technologies. Parfaitement bilingue, il était député de Westmount sous Pearson et Trudeau père. Suzanne est une pionnière de l’informatique dans la fonction publique, elle met particulièrement ses compétences en action aux Archives nationales à Hull. Comme elle numérise des documents de l’histoire canadienne, elle voit passer des documents incroyables comme le traité de paix avec le Japon en français, anglais et japonais. Dans cette tâche elle devait regarder la forêt et non les arbres pour concevoir des systèmes efficaces de classement.

C’est l’époque dorée de la politique canadienne et le bilinguisme s’impose comme une compétence essentielle. Suzanne a appris l’anglais en écoutant les nouvelles avec sa grand-mère et pour les gens d’Ottawa être bilingue et même trilingue sont valorisés. D’autant que Suzanne se retrouve au Bureau des langues comme terminologue, c’est-à-dire qu’elle invente des mots pour décrire certaines réalités propres à la gestion d’un pays comme le Canada. Dans le cadre de l’Année internationale de la personne handicapée, elle endosse le rôle d’agente d’information pour santé et Bien Être Canada. Elle écrit des scénarios pour des vidéos et écrit dans des revues de la fonction publique. Parallèlement elle est éditrice adjointe pour des magazines touristiques comme Voici Ottawa et What’s in Ottawa Hull.

Rôle majeur dans le développement de l’éducation francophone dans l’Est Ontarien

Changement de cap, elle se dirige dans le monde de l’éducation. Elle a alors la début trentaine et devient professeure d’anglais.Elle amène ses élèves en compétition jusqu’en Europe. Bientôt, elle devient chef d’unité administrative l’équivalent d’une coordination de département au Québec, puis elle passe à la direction adjointe d’une école élémentaire dans le comté de Prescott Russel entre Ottawa et Montréal qui est un bastion de la francophonie ontarienne. Au bout elle va un peu plus à l’est à Cornwall comme directrice d’une école secondaire toujours francophone. Cette ville est particulière du fait qu’elle à la frontière de l’Ontario, du Québec, des États-Unis et des territoires Mohawks. Plusieurs personnes utilisent cette particularité pour en tirer des avantages et Suzanne doit naviguer dans ces eaux qui peuvent parfois être troubles. Durant ses années d’enseignement, elle a eu comme élève Véronic Dicaire, artiste internationale.

Elle fonde une nouvelle école à Castleman

Une de ses grandes fiertés est la création de l’Académie de la Seigneurie à Castleman, Ontario qui est une forteresse francophone. Elle s’inspire beaucoup de l’histoire de cette région pour ancrer son établissement dans le caractère français de la région. L’école grandit rapidement et elle va de la prématernelle à la 12e année assortie d’une garderie. L’Académie compte aujourd’hui environ 500 élèves.

Elle retourne à Ottawa où est chargée de cours à l’Université d’Ottawa pendant 10 ans. Ce qui l’amène à la littérature. Même si elle a été publiée pour la première fois à 12 ans, elle se remet à écrire. Elle sera publiée pour 6 de ses nouvelles ou romans dont 3 au Québec. Son premier roman, jamais, publié, avait 760 pages est un roman historique qui raconte la migration de la langue française en Amérique du Nord.

Écrivaine toujours active

Elle a publié aux Éditions David ”La Résistance a un visage” qui raconte l’épopée de l’est ontarien. Elle a d’ailleurs été intronisée à titre de Porteuse de Flambeau franco-ontarien. Son roman de 2016 ”La Femme accidentelle” est largement disponible et raconte l’histoire de la femme d’un premier ministre du Canada qui la largue à la suite d’une défaite électorale. Le dernier en date est titré : les effets de la gravité sur la lumière et se passe en bonne partie dans Charlevoix. Elle est à terminer un autre roman qui aura comme titre ”L’incroyable légèreté de l’eau.

Une maison totalement écologique à Saint-Irénée

Depuis 5 ans à la retraite, elle a eu un coup de coeur pour Charlevoix avec son conjoint. En accord avec leurs convictions, ils se sont construit une maison totalement économique à Saint-Irénée. C’est un entrepreneur local, Normand Duchesne, qui a coordonné le projet qui a utilisé des matériaux locaux en presque totalité. La maison a une double ossature, le bois utilisé a une provenance éthique. Les fenêtres viennent d’Autriche en raison de leur caractère écologique. La maison se chauffe toute seule et l’énergie ne coûte que 60$ par mois. Pour la quincaillerie Gilles Jean c’est une première occasion d’être un fournisseur dans un projet d’ÉCO-HABITATION. La maison reçoit la certification ”Maison écologique du Canada LEED V4 Platine. Pendant toute la durée de la construction, Suzanne tient un blogue pour les intéressés à l’écoconstruction et ils sont de plus en plus nombreux.

Contribution à la vie charlevoisienne

Notre personnalité ne peut se résoudre à la retraite. Pendant le G7, elle est adjointe administrative pour la Ville de La Malbaie pour faire le lien avec le Gouvernement fédéral dont elle connaît les rouages. Elle est maintenant enseignante de langues pour la Commission scolaire de Charlevoix et elle aime beaucoup ce travail qui lui permet de rencontrer des personnes très intéressante et de contribuer à l’àmélioration de leurs compétences linguistiques. Elle a aussi fait de la suppléance à l’enseignement régulier. Elle mentionne qu’elle trimballe son bureau dans sa voiture, car elle intervient aussi en entreprise.

Elle est aussi une bénévole engagée. Membre des clubs Richelieu et Optimiste en Ontario, dans Charlevoix elle donne du temps au Domaine Forget, elle chante et est sur le conseil d’administration du Choeur polyphonique de Charlevoix. La bibliothèque de Saint-Irénée peut bénéficier de son implication. Elle prépare un nouveau qui s’appelle ”La Flaneuse subversive” qui risque de donner des beaux moments de lecture. Elle a voyagé surtout en Asie (Chine, Vietnam et Japon) mais aussi aux États-Unis, au Mexique, à Cuba et en République dominicaine. Elle adore être dépaysée au maximum.

Au plan personnel, à travers cette vie très occupée, elle a donné naissance à 5 enfants et a plus de 12 petits-enfants. Son fils le plus vieux est DG du Fairmount de Winnipeg, un autre est juge avocat dans les Forces armées, Geneviève est enseignante de français en Colombie-Britannique, Marie-France est spécialisée en diplomatie et le dernier garçon est entrepreneur.

Il est clair que Charlevoix s’est enrichie d’une personne avec un parcours exceptionnel qui remet déjà à la collectivité pendant de son bagage. Même si elle aime Charlevoix, elle demeurera toujours franco-ontarienne, car c’est cette identité qui l’a construite et le Canada a un besoin vital de gens comme Suzanne qui perpétue la francophonie hors du Québec. Le débat de l’heure dans la francophonie est comment continuer la construction identitaire des jeunes des familles francophones menacés de toutes parts par le rouleau compresseur de l’anglais.