mon Notre-Dame-des-Monts Personnalité du jour

Un ex-militaire au grand coeur!

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Selon notre personnalité du jour, il y aurait 78 vétérans dans Charlevoix. Malheureusement, il ne nous sera pas possible de tous et toutes leur rendre hommage, mais à partir des histoires que nous allons vous raconter vous pouvez imaginer quelle est la vie dans les Forces Canadiennes et les services rendus par ces personnes à notre pays.

Une famille de militaires

Denis Roberge est un de ceux-là. Né à Sainte-Foy en 1959 dans une famille de quatre enfants. Son grand-père et son père étaient militaires. Son grand-père a été blessé dans le débarquement de Normandie, touché par des éclats d’obus et de grenades, il se réveille plusieurs jours plus tard dans un hôpital de Londres. Son père fut un des premiers canadiens à se rendre dans une Allemagne dévastée après la guerre. La famille déménage très tôt à Saint-Hubert en banlieue de Montréal au début des années 60. Son père est très impliqué dans le mouvement Scout et Denis suit ses traces. À l’école, il est excellent dans tous les sports, ce qui lui confère les qualités physiques nécessaires à la vie militaire. À 18 ans, il s’enrôle dans l’armée, il fait son entraînement à Saint-Jean sur Richelieu pendant onze semaines et 48 des 62 candidats réussissent la sélection. À la Citadelle de Québec, il fait son entraînement de combat au sein du 2ème bataillon. Il fait partie de la garde rouge qui a comme mission de garder la maison de la gouverneur générale, Jeanne Sauvé.

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De haut en bas, de gauche à droite Le grand-père de Denis seconde guerre mondiale, le père de Denis décédé, Denis en garde en rouge, Gilles le frère de Denis, tireur d’élite, Mike le fils de Denis et les deux neveux de Denis

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Denis en garde en rouge

Un premier incident à Chypre

Sa première affectation outre frontière est à Chypre. Influencé par l’émission ”Les patrouilles du désert” il rêve de participer à la surveillance du no man’s land entre les Grecs et les Turcs. Il est parfois affecté comme chauffeur et garde du corps de Gérard Pelletier, principal diplomate canadien de l’époque. Denis le décrit comme une personne sérieuse, mais très respectueuse et sympathique. Pelletier fait partie des trois colombes avec Marc Lalonde et Pierre Elliot Trudeau, ainsi il côtoie le jeune Justin âgé de 7 ou 8 ans.  Il hésite à parler de ce sujet, mais il est près des activités de renseignement et d’espionnage qui ont court à Chypre. Il vit un premier stress très traumatisant lorsque qu’en attendant que les officiers et diplomates canadiens sortent d’une réunion du côté Turc, un camion arrive et 12 hommes lourdement armés en sortent et mettent en joue les Canadiens qui n’ont rien vu venir. Automatiquement, Denis s’abrite et porte la main à son 9 millimètres(révolver). Immédiatement, les officiers font fusiller leurs propres soldats qui ont commis une erreur et ce, devant les yeux des Canadiens. Heureusement, avant qu’un coup de feu ne soit tiré, des officiers turcs mettent fin à l’engagement. Cet événement laisse des traces dans le subconscient de Denis. Il fait deux séjours de six mois à Chypre.

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Denis en haut chargeant le camion

Sur les hauteurs du Golan

Prochaine étape, les hauteurs du Golan, à la frontière d’Israel, du Liban et de la Syrie. Denis patrouille pour surveiller les belligérants. Il vit dans des baraquements de ciment. Avec ses collègues, ils doivent éviter les champ de mines. Ils se font tirer dessus assez souvent. Quand ça se produit, ils appellent les hélicoptères britanniques qui viennent régler le compte des agresseurs. Au Golan, Denis a pu voir de nombreux vestiges archéologiques inestimables comme le bateau d’Alexandre le Grand et des amphores encore remplies des marchandises de l’époque.

État d’alerte en Allemagne dans un contexte de guerre froide

En 1984, un premier fils est né et il acquiert une première maison à Neufchatel. L’année suivante, il part pour Lahr en Allemagne avec sa famille. Sa fille Isabelle naît là bas. On est en pleine guerre froide. Ils vivent de nombreux ”snowballs” c’est à dire des alertes totales chaque fois qu’il y a mouvement de troupes aux frontières par les Soviétiques. S’ensuit une série de mesures de combat et d’évacuation. Denis est chef de blindé, il doit préparer son véhicule et son équipe de six hommes pendant que sa famille monte à bord d’un avion prête à évacuer. Heureusement la menace ne s’est jamais matérialisée.

En 1989 c’est la chute du mur de Berlin. Denis voit la marche humaine de l’est déferler vers l’ouest sur un pont. Sur deux ou trois kilomètres, les boutiques sont vidées de leurs marchandises, tellement les citoyens communistes sont avides de produits occidentaux.  Le conseiller diplomatique de Gérard Pelletier avait prévu la chute de l’URSS en 1982. Pour notre personnalité, le meilleur réseau d’espionnage du temps était le Vatican, car il y avait des curés partout dans tous les pays. Quelques vans sont arrêtées pour vérifier le contenu, on les retrouve bourrée d’espions soviétiques avec leur matériel électronique. L’URSS est en débandade et la base de Lahr devient obsolète.

L’horreur bosniaque

En 1993-94, Denis est sur une unité de reconnaissance en Bosnie. Les règles d’engagement ont changé, les Canadiens peuvent tirer pour défendre les civils. La mission est de sécuriser les aéroports. Tous les militaires que je connais  racontent les mêmes horreurs insoutenables. Des soldats saouls et drogués qui éventrent des femmes enceintes et crucifient des bébés vivants. Effroyable! Les soldats canadiens tirent et tuent pour défendre les civils. Denis avoue ne pas s’en être remis. Il souffrira de vomissements fréquents, pertes d’appétit et il prendra trois ans à se réhabituer à la vie civile. Il souffre d’un syndrome post-traumatique sévère et depuis 2003 il a le soutien de l’armée pour gérer sa situation.

Retour à la vie civile

En 2000, il prend sa retraite des Forces, il travaille quelques temps dans une usine et retourne au cégep en génie industriel. Mais il a une fibre artistique qui sommeille en lui. Il commence à faire des décors pour le plaisir. Installé dans Charlevoix, il gagne deux années d’affilée le concours de décoration de pontons du lac Nairn. Il transforme une embarcation en galion espagnol avec canons fonctionnels.  Il conçoit aussi des chars allégoriques pour différents événements.  En 2008, il fonde sa maison de production et il travaille particulièrement avec Jean-Phillippe Bergeron et sa famille.

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Tommy Boivin et Marc Lavoie reçoivent aussi l’aide de Denis qui est aussi très impliqué pour les organismes communautaires. Il est un mécène et un aidant humaniste pour neuf organismes de la région. La parité homme-femme et le féminisme sont importants pour lui.

Notre vétéran humaniste est grand père d’une petite-fille.  Son fils Mike est militaire et vit à Edmonton en Alberta. Sa fille qui a été pilote de F-18 a quitté les Forces après avoir suivi une partie du programme d’astronaute de la NASA.

Sa mère qui a 82 ans est toujours très active et reçoit souvent la visite de ses enfants.

Denis nous démontre qu’il y a une vie après l’armée et ce, même si vous avez été témoin d’horreurs innommables. Il a choisi de faire le bien autour de lui, car c’était l’intention qu’il avait dans toute sa carrière dans les Forces.

Si vous le voyez au “Café de Chez Nous”, ne vous gênez pas de vous asseoir à sa table, car il a bien de la jasette.