Chronique mon La Malbaie

David (Huot) contre Goliath

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Lors de mes 2 dernières chroniques, j’ai surtout révélé mon amour du territoire charlevoisien, sa particularité remarquable et son potentiel illimité. Dans le fond, les atouts de Charlevoix qui m’ont attiré ici. Le ton y était léger, positif et rempli d’espoir. Évidemment, il existe toujours un envers de la médaille! Ce magnifique territoire doit être géré par des institutions et des règles comme partout ailleurs. Malheureusement, c’est inévitable, quand l’homme s’en mêle, tout se complique avec le temps. L’inaptitude et l’incohérence s’en suit et finissent souvent par prendre trop de place.

Aujourd’hui, on va plutôt jaser politique et économie, le ton y sera un peu plus lourd et moins joyeux. L’exercice ici est de vous partager mon expérience vécue lors du démarrage de mon entreprise afin de vraiment comprendre les travers du processus et l’incapacité des acteurs impliqués à faire des ajustements pour mieux accompagner une entreprise innovante, moins conventionnelle. Mon but ici n’est pas d’acquérir votre pitié ou par simple plaisir de me plaindre. Une fois mon témoignage terminé, je veux proposer 2-3 pistes de solution tangibles pour éviter qu’un futur entrepreneur innovateur désirant s’établir dans notre région se retrouve dans le même labyrinthe que moi. C’est dans notre intérêt à tous. Car soyons honnêtes, combien de projets intéressants avons-nous échappés au fil des années par manque de flexibilité ou par petit tracas administratif?

Mes propos seront assez critiques et directs, mais jamais ils seront orientés vers les individus en soi. Elles le seront plutôt vers le système qu’ils représentent. À la limite, la seule véritable reproche individuelle je peux leur faire, c’est leur manque de passion face à leur emploi, leur manque de courage face aux incongruités, leur fatalisme, leur manque de loyauté face à la véritable mission de leur institution. Mais, disons que je ne peux pas leur en vouloir pour autant, ils sont loin d’être les seuls blasés sur le pilote automatique. Ils ont juste fait leur boulot! Quoique je considère mon cas assez spécial, je suis convaincu que vous connaissez des personnes qui ont vécu encore pire. Moi, j’en connais quelques-uns. Mais c’est mon histoire personnelle que je peux vous raconter. Une parmi tant d’autres.

À titre de citoyen ou dans le cadre de nos emplois respectifs, nous avons tous vécu des situations où le manque flagrant de gros bon sens était extrêmement frustrant. Cette impression désagréable d’être qu’un simple numéro, que votre réalité n’est pas considérée. La vie n’étant pas parfaite, je suis prêt à accepter occasionnellement, comme la plupart d’entre nous, certains irritants. Comme par exemple payer un ticket non mérité ou perdre 5h au téléphone pour démêler une erreur commise par un fonctionnaire. C’est plate je sais, ça nous met tous en Tabarn@#%?, mais ça ne change pas nos vies. Deux trois jours après, c’est oublié, on passe à autre chose, la vie continue.

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Cependant, il arrive des situations, des circonstances qui exigent une collaboration plus étroite avec les institutions et nos gouvernements. Pensons à ceux qui veulent immigrer chez nous, à ceux qui doivent passer en cour pour la garde de leurs enfants, à ceux qui ont la malchance d’être malade et doivent côtoyer quotidiennement notre système de santé, à ceux qui vivent une catastrophe naturelle et dépendent des programmes gouvernementaux ou juste être propriétaire d’une PME.  Pour ces personnes, lorsqu’elles vivent des malentendus administratifs, cela prend une tout autre ampleur. Il est souvent question de leur intégrité et leur avenir, de conséquences à long terme qui peuvent affecter tout une vie. Moi je l’ai vécu avec l’ouverture de l’auberge et c’était vraiment intense. J’ai eu la brillante idée d’ouvrir une petite entreprise innovante en région au Québec. Voici mon bordel, mon calvaire, mes 12 travaux d’Astérix. Voici mon histoire!

Pour commencer, faut se rappeler qu’à l’époque j’avais 26 ans, 2 baccalauréats, 1 maitrise en tourisme durable et une bonne expérience sur le terrain. J’étais motivé, idéaliste, entêté et j’avais vraiment l’ambition de venir aider la relance touristique à La Malbaie. Remémorez-vous en 2012, l’économie de La Malbaie était à plat, le pessimisme élevé. Tout le monde me disait que j’étais fou de venir ouvrir une entreprise ici. Tous les jeunes quittaient pour la ville et moi je débarquais à contre-sens. Disons que c’était assez mort en ville. À part mon projet d’auberge de jeunesse, rien de vraiment intéressant se développait à l’époque. J’avais des idées, j’avais des solutions, j’avais une expertise et un positivisme inébranlable, je me voyais comme un futur acteur important de l’éventuelle relance économique. J’étais convaincu que mon projet serait bien accueilli, apprécié à sa juste valeur et que son aspect innovateur serait plus que la bienvenue. Que mes nobles intentions d’avoir une approche durable et une implication communautaire seraient récompensés. HAHA! Quel con j’étais! Je m’étais mis le doigt dans l’œil! Dur retour à la réalité, fini la théorie et les conférences, terminée la promenade dans les bois. J’ai vite compris que ça va plutôt être une guerre de tranchée.

La première étape après avoir déposé une offre d’achat, c’est de trouver du financement. Je pars donc à la pêche tenter de trouver des créanciers pour mon projet, des subventions, des aides gouvernementales. Jeune, inconnu dans la région, pas de cravate et avec un crédit d’étudiant, les institutions bancaires m’écoutent à peine, s’intéressent très peu à mon projet d’auberge de jeunesse et rejettent toute demande de financement. Il a même une personne qui m’avait dit: ”Ça ne sera pas rentable une auberge jeunesse. Il n’en a jamais eu à La Malbaie, pas pour rien. Si c’était une bonne affaire, il en aurait déjà eu une. ” Je lui demande en retour si elle a déjà séjourné en auberge de jeunesse, le malaise était palpable. Je repars très déçu, la queue entre les jambes. Je me sens comme une merde. Tous mes atouts et mon expérience ne valent rien? C’est juste le cash pis l’image qui compte finalement? Je me dis; ” ils s’en foutent carrément de la communauté, des jeunes, de l’environnement. Sinon, mon projet les aurait intéressés”. J’étais noir de rage, mon esprit rebelle et révolutionnaire peinait à se contenir. J’ai donc appelé Papa et lui ai demandé conseil.

Il m’a juste dit: ”reprend rendez-vous pis cette fois-là j’irai avec toi”. Je me représente donc aux institutions financières avec mon père qui connait bien la ”game”, en costard cravate, mallette d’affaires à la main remplie de feuilles blanches. Un gros show de boucane! Cette fois-ci, on a droit à la petite salle de conférence privée et on nous écoute avec attention. Ils ont réussi à obliger mon père de cautionner le projet. Ils empochent les intérêts sans aucun risque de leur part. Donc, en gros, peu importe le génie de votre projet, peu importe les efforts ou les compétences acquises, peu importe les retombées positives de votre projet sur la communauté, leur seul véritable critère est votre capacité de remboursement et votre crédit. Point bar.  C’est mon constat à moi.

L’auberge a donc dû emprunter à 4 créanciers différents avec intérêts pour réussir à voir le jour. Le CLD de l’époque refuse d’appuyer mon projet et toutes les portes pour de l’aide financière se ferment une à une. Malgré tout ce qui se disait au départ, l’auberge a profité d’aucune subvention à l’exception d’un petit 5000$ qu’on donnait à l’époque à tous les jeunes entrepreneurs de 30 ans et moins. Quand je voie, chaque mois, dans le journal toutes les entreprises de la région qui bénéficient de toutes ces généreuses subventions, il est difficile pour moi de pas le prendre personnel et me demander la question, pourquoi pas moi? Pourquoi pas l’Auberge Jeunesse La Malbaie?  J’aimerais vraiment avoir une réponse un jour. De plus, si je me compare avec un semblable, l’auberge des Balcons à Baie-St-Paul, faut avouer que le citoyen de La Malbaie jouit d’une belle auberge de jeunesse à rabais.

Le financement enfin réglé, un peu écorché par le processus et le traitement reçu, je m’attaque maintenant aux autorisations de zonage et aux permis municipaux et provinciaux requis pour pouvoir opérer mon auberge. Oufff! Je n’étais pas préparé à ça! Pas quelque chose qu’on vous apprend à l’école! Êtes-vous prêt? Petite pause gorgée d’eau, c’est parti. AH non bouette!!! J’ai déjà dépassé ma limite de mille mots, la suite la semaine prochaine…