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Clément Rondeau : un monument

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Il y a déjà quelque temps que j’ai fait mon entrevue avec Clément Rondeau, mais je remettais toujours à plus tard l’écriture de ce texte. Pourquoi ? Parce que j’avais l’impression de m’attaquer à un monument, tellement de personnes que j’ai interrogées au fil du temps m’ont dit avoir été influencées par cet enseignant qui a fait une différence dans plusieurs vies. Allais-je pouvoir rendre suffisamment justice à l’impact de l’homme sur ses élèves et les vocations qu’il a créé ou consolidé avec ses projets ? Sûrement, allons-y pour une épopée humaine et musicale.

Clément Rondeau est né Montréalais dans le quartier Hochelaga Maisonneuve parfois appelé Faubourg à la mélasse. Mais, il a grandi sur une ferme à Saint-Félix de Valois dans Lanaudière où habitaient ses grands-parents. Chez lui, la musique était omniprésente. Son père était baryton féru d’opérettes et d’opéras. Son grand-père maternel était un grand musicien, organiste et chanteur, sa grand-mère chantait aussi. La famille s’était munit d’un piano; sur les 6 enfants, 5 ont suivi des leçons. Clément a donc appris à lire la musique à un très jeune âge avec une formation classique. Au secondaire, il est passé à la guitare d’accompagnement. Il voulait jouer dans des groupes, mais sans argent ni équipement, ce n’était pas facile. Les sous-sols d’église étaient là pour accueillir les jeunes musiciens. Clément y jouait du clavier mais, parfois aussi de la batterie.

Parallèlement, il avait d’autres intérêts envers le sport comme le hockey et le karaté ou encore envers le mouvement scout. Il est entré à Vincent d’Indy, une école spécialisée en musique où il a poursuivi sa formation. Sa vocation s’est précisée à cette époque, il deviendra enseignant et il a rejoint l’UQAM  pour terminer un BAC en enseignement et  a consolidé le tout avec une maîtrise en interprétation piano, ce qui en fait un musicien complet en plus d’un pédagogue. À l’université, il avait créé une chorale étant influencée par un maître nommé Myklos Takacs du Choeur polyphonique de Montréal. Il s’est marié avec une informaticienne dans la ville de Québec.

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Après ses études, il a envoyé son CV dans 60 endroits et il a reçu 6 réponses. Il a surtout reçu un téléphone de la commission scolaire de Charlevoix et le 27 septembre 1982, il faisait son entrée à la Polyvalente du Plateau. 2 autres offres sont arrivées après 6 mois, mais il était trop tard. Heureusement pour nous. Poursuivant sa lancée, il a fondé une chorale à la polyvalente et un groupe de musique populaire nommé Coupé de Ville.

La chorale a connu une progression rapide et a donné de très nombreux concerts sous le nom de l’ensemble Résonnance. Il y eut même une mini-tournée. Elle était composée de personnel de l’école et d’élèves.  Le nombre de membres selon les années variait de 20 à 32. L’aventure a durée de 1988 à 2005. Après 17 ans, un certain désintéressement s’est installé et le projet s’est terminé.

En dehors de ses activités professionnelles, il a rejoint d’autres musiciens comme Yannick Guérin et Gérald Boulianne dans un ensemble jazz où il jouait des claviers. Et vint le projet BOOM avec André Boies, Robert Bélanger et Gilles Duguay. Il s’agissait d’un gros show qui pouvait rallier jusqu’à 60 élèves en parascolaire. L’idée était de mettre les élèves à l’avant-plan et,  l’expérience et le support des enseignants. Clément faisait les esquisses de partition et les arrangements, et certains y allaient par oreille. Tout était monté et scénarisé. C’était une équipe où chacun des rôles était bien établi sur la scène et dans tous les aspects techniques. Les salles étaient toujours pleines pour chaque représentation. Cette période a été formatrice et déterminante pour plusieurs jeunes Charlevoisien. Plusieurs ont continué en musique comme la chanteuse d’opéra Marjorie Maltais ou Myriam Phillion, chanteuse jazz à New York, entre autres. De nombreux techniciens de scène ont vécu là, leurs premiers défis techniques. Certains élèves du primaire ont même été invités à participer.

En 2007-2008, il y eut un échange avec la France et un voyage sur le vieux continent.

La démographie charlevoisienne a malheureusement eu un effet dévastateur sur les cours de musique au secondaire et Clément Rondeau a dû se reconvertir en professeur d’histoire pour ses 10 dernières années d’enseignement avant sa retraite. Selon lui, la réforme du début des années 2000 n’a pas eu que de bons côtés en diminuant l’apport des arts au cursus de formation générale. De toute façon, la musique a beaucoup changé, nous sommes à l’ère de la musique par ordinateur. Aujourd’hui, on parle plus de ”Sound designer” que du musicien plus traditionnel et des sons organiques. Maintenant retraité, il s’intéresse aux compositeurs contemporains comme De Bussy et Stravinsky. Il a connu des ennuis de santé assez grave qu’il a mis derrière et comble d’ironie, il est retourné enseigner la musique cette année en support à l’enseignante actuelle Karine Simard en raison de la hausse du nombre d’élèves.

Clément a 4 enfants, dont 3 filles. Il est grand-père. Son fils joue de la trompette et du piano. Il continue le piano, et il joue parfois avec son fils. La musique l’a accompagné toute sa vie et il a beaucoup partagé sa passion. Il a marqué la Polyvalent du Plateau en près de 30 ans d’enseignement. Il a laissé sa marque dans les souvenirs de nombreux jeunes. Et dans mes entrevues futures, je suis persuadé que j’entendrai encore parler de Clément Rondeau.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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