mon Isle-aux-Coudres Personnalité du jour

La magnifique histoire de Caroline Desbiens et de «l’Hôtel du Capitaine».

DSC_0958

Nous sommes en 1961 au sein d’une famille de capitaines de goélettes. Le grand-père l’était, le père l’est aussi. Vers la fin des années 50, le transport à bord de bateau chute causé par les différents moyens de transport maintenant à la disposition des commerçants.

Le bateau du père de Caroline Desbiens a des «radous» à faire dessus. Pendant qu’il vaut encore quelque chose, il le vend et met de côté ses dollars. Peu de temps après avoir acheté une petite maison à Saint-Bernard, il se rend au bout de l’Isle là où il connaît plusieurs charpentiers qui travaillent sur une petite maison en construction. Par hasard, il discutera avec le propriétaire, M. Charles Huet; architecte français: « Je suis obligé de la mettre en vente et retourner en France voir à mes affaires, je vous le dis comme ça là; elle est en vente». «Donnez-moi une heure lui répondit M Desbiens. Ce coup de cœur lui fera vendre la maison de Saint-Bernard et sortir son petit avoir de la vente de son bateau pour acheter l’hôtel qui, à cette époque, n’était qu’une maison de 4 chambres. Par la suite, elle a été reconvertie en hôtel de 10 chambres et 2 salles de bain communes. Et c’est ainsi qu’est né «l’Hôtel du Capitaine».

DSC_0956

À cette époque, Pierre Perrault, Michel Brault et toute l’équipe de l’Office National du film qui ont tourné la «Trilogie de L’Isle-aux-Coudres» étaient sur l’île et avaient besoin d’hébergement. Vous vous douterez sans doute qu’ils sont tombés en amour avec le site. Disons aussi que les propriétaires ont grandement aidé à cette petite campagne de séduction. Le groupe y a donc élu domicile pendant plusieurs années. Mme Desbiens a grandi au travers de ces gens qui l’ont bercé, changé de couche, cajolé pendant que son père et sa mère travaillaient à les nourrir et loger. Yolande Perreault (paix à son âme) a été comme une deuxième mère pour elle. Avec les années, la petite Caroline grandit au travers de grandes personnes et apprend beaucoup d’eux. Des valeurs fondamentales qui la suivront tout au long de sa vie.

L’adolescence derrière elle, le destin en avant, elle quitte l’Isle pour faire un BAC à l’Université Laval en relations industrielles. En fait, au départ elle était inscrite en études françaises, mais lorsqu’un ami de son père, avocat, lui dit « qu’est-ce que tu vas aller faire là? Veux-tu écrire un livre? C’est contingenté, et si tu veux faire prof en français, ce n’est pas mieux! Sont tous sur le B.S!» Du haut de ses 18 ans, elle lui fait confiance en se disant qu’il doit bien avoir raison, il est avocat! Elle changera de branche dans la même semaine, un choix qu’elle regrettera. Le BAC terminé, elle s’inscrira pendant une année en littérature et communication pour satisfaire son côté littéraire. À la fin de ses études, elle est tiraillée entre tous ses intérêts: l’enseignement en français l’intéresse en même temps que les arts et le journalisme.

C’est à ce moment que le destin frappe un coup de circuit et que la chanson débute. La chanteuse enregistrera un disque et puis un autre pour ensuite se faire «ramasser» par la Suisse comme une enfant chérie. Elle y gagnera un prix prestigieux, verra sa jeune carrière progresser, mais l’Hôtel est toujours dans son cœur de «marsouine». Elle passera donc l’été à l’Isle et le printemps/automne en Suisse. Mode de vie qu’elle adore et qui lui permet de profiter des deux mondes. Mais encore là, elle voulait fonder une famille, donc elle a fait un bébé; Marie-L’Eau, qui après naissance portait à merveille son prénom avec ses yeux couleur-fleuve. En ayant toute ces envies et talents, elle ne pouvait pas se concentrer sur une seule chose, donc elle dit d’elle-même qu’elle est un peu de tout.

Devenu auteur-compositeur interprète, elle mariera l’hôtellerie et la chanson en disant qu’elle n’a jamais pu faire de choix entre les deux: En fait, j’ai fait le choix de ne pas faire de choix me dit-elle en riant. Durant toutes ces années en compagnie de ses parents, Caroline a vu son père animer les soirées dans la salle à manger qui se transformait en «salle de veillées». C’est donc naturellement qu’elle a pris le relais «C’était le prolongement de moi-même».

Il y a tout un sens là-dedans, les gens qui venaient à l’Hôtel quand j’étais petite, viennent aujourd’hui avec leurs enfants.

«L’hôtellerie pour moi c’est comme mon bras gauche et mon bras droit, je ne peux pas me dissocier de ça, c’est un peu les arts, la politique, la sociologie et l’économie au même endroit. Tout prend son sens quand j’empoigne ma guitare et que je chante une chanson ou que je fais des monologues racontant l’histoire de la maison, la vie de mon grand-père et de ses aventures sans appareil de navigation en racontant qu’il naviguait avec sa «grand parche, sa boussole et son gros nez». Quand je raconte ça, j’ai l’impression que ça allume des lumières dans les yeux des gens et qu’il ne faut jamais oublier la base dans la vie; d’où on vient. Et j’ai cette possibilité-là, ici, à chaque soir devant 45 personnes qui m’écoutent».

DSC_0967

Une belle rencontre avec quelqu’un qui avait des choses très intéressantes à dire, une vision peu commune du monde et de ce qui l’entoure. De ce qui a été perdu, oublié. D’ailleurs, à ce sujet, il y aura prochainement un petit hors-série de cette entrevue qui paraîtra…

 

Texte et photos: Jean Berg