mon Clermont Personnalité du jour

Toute une aventure pour Nicolas Brassard

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Il y a 3 ans alors qu’il n’avait que 18 ans, Nicolas Brassard avait été la personnalité du jour de son ami le rédacteur Vincent Leblanc. À la fin du texte, il annonçait son intention de faire la Pacific Crest Trail ou Chemins des crêtes du Pacifique en français.

La Pacifique Crest Trail

Allant de la frontière mexicaine à la frontière canadienne, il est long de 4 240 km. Il parcourt la plus grande partie de la Sierra Nevada et de la chaîne des Cascades (Cascade Range). Le Pacific Crest Trail est situé entre 160 et 241 km de l’océan Pacifique, parallèle à celui-ci. Son point le plus haut culmine à 4 009 mètres d’altitude, au Col Forester, dans la Sierra Nevada, son point le plus bas est à 42,6 mètres, à Cascade Locks, dans l’Oregon. Chaque année, environ 4500 randonneurs tentent de parcourir l’intégralité du sentier. Appelés les thru-hikers, seuls 500 environ réussissent et il leur faut entre 4 et 6 mois. La plupart des thru-hikers partent de la frontière du Mexique pour terminer à peu près à la frontière du Canada.  Source : Wikipédia

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Le grand départ

Nicolas était attiré par la côte ouest en raison de l’aura d’aventures qui entourait la ruée vers l’ouest. Il décide de partir seul et entreprend le voyage comme un challenge de plus à accomplir. On ne se lance pas dans une telle aventure sans préparation. Même s’il est de nature symbolique, il tient à se procurer un permis auprès de l’organisme bénévole qui supervise le sentier. La notion de ”sans trace” est privilégiée, c’est-à-dire ne rien laisser, aucun déchet, aucune pollution et aucune trace tangible de son passage. Il faut avoir déjà fait de la randonnée pour attaquer la Pacific Trail. Le sac à dos est primordial, de même que les bons équipements et les bonnes cartes. Nicolas se lance à l’ancienne sans technologie et sans GPS.  Son but est de décrocher des cellulaires, des tablettes et autres ordinateurs. Il est aussi en contact total avec la nature. Il se concentre sur lui en intériorité et sur l’environnement. Le 14 mai 2019 il entreprend son périple. Il sort de Los Angeles en bus et se dirige vers Big Bear pour rejoindre le sentier. Dans ses randonnées précédentes, il n’a jamais plus de deux jours d’affilée. Il a 120 kilomètres à marcher jusqu’à la prochaine ville. Il se débrouille très bien en anglais puisqu’il a commencé jeune à regarder la télé dans cette langue. Sur le chemin, il rencontre d’autres randonneurs en provenance de nombreux pays. Il doit gérer son pack sack en fonction du nombre de jours en nature. Le trajet californien et de l’Utah est souvent désertique. Heureusement des bénévoles disposent de grands bidons d’eau, appelés water cage, pour le ravitaillement. On les appelle les anges de la trail qui tentent d’apporter de la magie au parcours.

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Une nuit sur deux à la belle étoile

Il est parfois 7 jours hors de toute civilisation. Même s’il a une tente, il dort 50% du temps à la belle étoile en s’assurant de sa sécurité. À quelques reprises, il se réveille pour voir de petits yeux rouges qui le fixent dans l’obscurité, raton laveur, renard il n’est pas sûr. Sur tout le trajet de 4 mois, il dort seulement 4 fois à l’intérieur. Le rythme normal des marcheurs est de 32 kilomètres par jour. Au début Nicolas avance à son rythme de 25 kilomètres par jour. À une reprise, il croise 2 Québécois et il marche avec eux  pendant 2 semaines.  Plusieurs randonneurs veulent partir trop vite et se blessent dès le début. Nicolas évite cet écueil.  À Rightwood, en altitude, il doit affronter une tempête de verglas, il se cache dans un trou rocheux pour laisser passer les intempéries.

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En dehors des sentiers battus

À Casa de luna, une dame accueille les randonneurs sur son grand terrain, on y trouve une ambiance hippie west coast avec des BBQ et des soupers gratuits. Tous doivent porter une chemise hawaîenne fournie par l’hôte des lieux sur une grande corde à linge. L’étape suivante est difficile parce qu’elle se situe dans le désert de Mohave où il fait constamment 30-35 C. Il marche tôt le matin et en fin d’après-midi, il calcule un litre d’eau aux 8 kilomètres plus 1 litre pour le campement, ce qui donne in pack sack assez lourd. À ce stade, il ressent la routine de la trail qui fait qu’on répète les mêmes gestes tous les jours, ce qui enlève de la couleur à l’aventure. Il a 700 kilomètres de marche de fait, il sort du désert de Mohave pour rejoindre la Sierra Nevada à Kennedey Meadows. Il n’a pas le goût de passer un mois dans la neige des montagnes. Il décide de quitter la trail. Nicolas se rend à Lone Pine près de Death Valley sur le pouce. Il a en tête depuis plusieurs années de visiter le parc de Zion en Utah. Situé près du Grand canyon, il offre des paysages semblables de gorges profondes et de terre rouge. Après une nuit d’errance et de réflexion, il prend la route de Zion. Il traverse Death Valley avec un local qui l’a pris en stop à des températures pouvant atteindre 54 C. Il passe 3 jours à Las Vegas, mais la ville l’agresse. Il passe 6 jours dans le parc Zion à dormir à la belle étoile sur les crêtes et dans le fond des vallées. À noter qu’il est toujours seul dans ce quasi voyage initiatique.Il est souvent éveillé la nuit parce qu’il fait plusieurs petits sommes chaque jour pour gérer son énergie. Prochaine étape, San Francisco en autobus, Reno, Nevada et Bodie, un vieux village historique de la conquête de l’ouest. Il va bientôt reprendre la trail non sans faire un saut vers Lake Tahoe. Il marche 300km dans les Sierra Nevada en haute altitude dans la neige.

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Il oublie de donner des nouvelles

À Beldon, village de 11 habitants, il y a un festival de musique. C’est le party pendant une semaine pour Nicolas. Il en oublie de donner des nouvelles à ses parents Christine Savard et Pierre Brassard qui se rongent les ongles, de même que les grands-parents Pierre-Paul Savard et Raymonde Bergeron. Avec des amis rencontrés, il pousse jusqu’en Oregon. Il fait les 200 derniers kilomètres du sentier. Comme il le mentionne, sur la trail il y a deux sortes randonneurs: les bohèmes et les compétitifs qui veulent à tout prix vaincre le parcours. Nicolas se range dans la première catégorie.

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L’avenir se dessine au Yukon

Comme il a encore du temps, il monte au Yukon sur le pouce. Deux hommes avec de longues barbes le prennent sur le pouce. Ils sont l’archétype parfait des vieux chercheurs d’or. Ils viennent de la Georgie et font un retour aux sources de leur trip de jeunesse. À Dawson city, il rencontre un Québécois guide d’aventure. Il ne sait pas encore que cette rencontre sera déterminante pour l’avenir. En effet, cette personne était diplômée en tant que guide d’aventures du Cégep de Gaspé. En revenant au Québec, Nicolas ne voit plus la vie de la même façon, le matériel revêt moins d’importance à ses yeux. Il vide sa chambre de tout objet superflu. Il revient à la base, c’est à dire: boire, manger, dormir, bouger. Un projet germe en lui. Il sent l’attrait de la nature, des grands espaces et du plein air. Il décide de suivre les traces entrevues au Yukon, c’est à dire de devenir guide de tourisme d’aventure et de suivre sa formation au Cégep de Gaspé. Dans quelques mois, Nicolas quittera Charlevoix pour poursuivre son rêve. Avouons qu’à 21 ans, il a tout un parcours. J’ai senti en lui un sagesse exceptionnelle et une clarté de vision que j’ai rarement vues. C’est un être humain qui fera beaucoup de bien grâce à sa capacité d’introspection.

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