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Se souvenir de Jean-Claude Turcotte

JCT
Jean-Claude Turcotte est né à Clermont le 8 mars 1937. Il a vécu à Baie-Saint-Paul depuis 1965. Il connaissait sa patrie comme les lignes de sa main. Très jeune, il a montré un intérêt marqué pour tout ce qui se raconte, tout ce qui se fabrique, en forêt, à la ferme, à la cuisine, chez le charretier, le forgeron, le charron. Il a appris et pratiqué la soudure, la menuiserie, la peinture. Il fut contremaître dans plusieurs chantiers qui l’ont amené à séjourner dans plusieurs régions du Québec. En 1965, il a participé à la fondation et dirigé pendant 20 ans les ateliers de réadaptation devenus par la suite Le Centre de travail de Charlevoix, aujourd’hui BFCO. Entre 1979 et 2005, il a été tour à tour maire, préfet et conseiller municipal. Source: Les Éditions Gide
Il est décédé le 21 mars 2019 à l’âge de 82 ans. Il a été entre 1979 et 2005, maire de Rivière du Gouffre (1979-1991), préfet de la MRC de Charlevoix (1982-1991) et conseiller de la Ville de Baie-Saint-Paul (1996-2005).
Photo Éditions Gide

Photo Éditions Gide

Mes souvenirs de Jean-Claude sont parmi les plus beaux du début de ma carrière dans le développement économique charlevoisien. Je l’ai connu lorsqu’il  était maire de Rivière du Gouffre. Jeune journaliste, je couvrais l’actualité charlevoisienne et déjà M. Turcotte avait une réputation de sage qui avait toujours la bonne formule pour résumer une situation. Ma citation préférée de celui que j’appelais Jean-Claude était ; Peut-être qu’un jour, il n’y aura plus de clotûre à Saint-Hilarion, mais on continuera longtemps à se barrer les pieds dans les trous des piquets. Cette phrase prophétique référait bien sûr à la rivalité éternelle entre l’est et l’ouest de Charlevoix.
J’ai eu la chance de le côtoyer alors que j’étais directeur général du Comité d’aide aux développements des collectivités de Charlevoix, un organisme qui réunissait les principaux acteurs du développement de l’est et de l’ouest, c’est l’époque où Charlevoix a été le plus proche d’une véritable concertation régionale. Du fait qu’il était né et avait grandi à Clermont et qu’il habitait Baie-Saint-Paul depuis 25 ans à l’époque, il avait toujours une analyse fine des dossiers et savait passer par dessus les chicanes de clocher. Son rôle dans la fusion des trois municipalités de Baie-Saint-Paul démontrait bien son réalisme politique. Je sais aussi que Jean-Claude avait eu un contrat en Haïti pour le compte de l’ACDI. Il racontait avoir trouvé assez difficile de travailler efficacement dans ce pays souvent livré au chaos.
Un voyage en France coloré
Un souvenir marquant pour moi est un voyage d’affaires en France avec Jean-Claude, Michel Bélanger de la MRC, Simon Bouchard de Saint-Urbain, Mario Leblanc du CLD Ouest, Guy Néron de la CDI Charlevoix-Est. Une de nos étapes étaient la région de Chambéry. Pendant que nous étions dans un incubateur industriel, nos collègues maires sont allés visiter des bourgmestres français. Ils ont été si bien reçus, qu’ils sont revenus à 8h du soir les pieds pas mal ronds. Nous avions décidé d’aller passer le week-end sur la Côte d’Azur pensant que la France était un tout petit pays. À 3 heures du matin, nous entrions dans San Tropez sans hôtel ni indication pour en trouver. Le lendemain, notre doyen Jean-Claude a dormi toute la journée. Le soir dans un restaurant de San Tropez, une discussion animée agite notre table où l’on trouve de fervents libéraux et d’autres convives d’allégeance indéterminée. Toujours est-il que Jean-Claude exige du député Daniel Bradet ”qu’il mette ses culottes”. Je m’aperçois alors que plus personne ne parle dans le restaurant. Tout le monde sans exception est tourné vers notre table et écoute notre discussion et à un moment donné, les gens se mettent à applaudir. Il faut dire qu’en 1991,  les Français n’avaient pas la même connaissance des Québecois qu’ils ont aujourd’hui.
Un bon jour, Jean-Claude me dit : Claude j’ai eu mon chèque jaune. Je ne savais pas trop de quoi il parlait. Il a fallu qu’il m’explique qu’il venait de recevoir sont premier chèque de pension de vieillesse.
Il était aussi un poète et un romancier. Sa série “Au pays de Germaine” se situe dans Charlevoix dans les années 40. Ce qui n’est pas donné à tous, il se fait éditer par de grandes maisons. Il a écrit 6 romans et beaucoup d’histoires qu’il savait si bien raconter.
Photo TVCO

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Il a continué de s’impliquer jusqu’à son décès, que ce soit à TV-CO ou au centre d’Archives de Charlevoix. Je me considère privilégié d’avoir connu cet homme et si l’histoire de Charlevoix a à se souvenir de ces grands hommes, Jean-Claude en fera sûrement partie.