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Laure Gaudreault, une machine!

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Il%20était%20une%20fois_gothique

Une fondation, des bourses d’études, un manoir et une école en son nom; mais qui était Laure Gaudreault?

Nous sommes en 1889 à Clermont dans un petit rang nommé Snigoll. À cette époque, il n’y a pas d’école assez près de la maison donc la mère, Marguerite Bergeron-Gaudreault très scolarisée pour l’époque, assurera les premières années d’éducation de la petite Laure. C’est à l’âge de treize ans qu’elle intégrera pour la première fois un établissement scolaire en devenant pensionnaire au «Couvent des Sœurs de la Charité» à La Malbaie. Excellente élève, elle obtiendra quelques prix durant sa scolarisation notamment le prestigieux prix «Prince de Galles» et la «Médaille d’or d’enseignement pratique».

École de rang de Saint-Fidèle

École de rang de Saint-Fidèle

Dans ce temps-là, les institutrices entraient en poste jeunes, ce qui fera de Laure Gaudreault une maîtresse d’école dès l’âge de 16 ans. Elle enseignera à «l’École numéro 1 »des Éboulements jusqu’à ce qu’elle quitte Charlevoix pour le Lac St-Jean en 1920, Mme Gaudreault enseignera dans sa ville de naissance, Clermont. Par contre, elle ne sera pas institutrice toute sa carrière… Il faut dire que dans les années 20, leurs conditions de travail en milieu rural sont drôlement précaires: une enseignante gagne 200$ par année alors qu’une emballeuse chez Eaton en gagne 500! De plus, les tâches ne se limitent pas seulement à l’enseignement; elles doivent administrer plusieurs autres choses pour la communauté et même souvent… veiller sur les morts.

Elle abandonne donc l’enseignement… Mais pas complètement, puisque dans son nouveau travail de journaliste, elle publiera des articles sur les défaillances du métier en milieu rural. Un de ses mandats sera de répondre au courrier des enseignantes qui lui font part des problématiques reliées à l’emploi. C’est ainsi qu’elle entamera le combat de sa vie soit: la défense des institutrices et l’amélioration de l’enseignement.

Durant les années 30, les conditions de travail des institutrices, qui n’étaient déjà pas fortes fortes, se dégradent encore plus. «La Grande Dépression» se fera sentir jusqu’au devant des bancs d’école, alors qu’elles voient leur salaire passé de 300$ (motion adoptée il y a à peine quelques mois) à 250$. C’en est trop, Laure Gaudreault entre en guerre; elle vise à rassembler les institutrices pour défendre leurs droits à toutes!

(Parenthèse: Saviez vous que Laure Gaudreault a contribué à la syndicalisation des ouvriers de la Donohue?)

Le 2 novembre 1936, elle fonde «l’Association catholique des institutrices rurales» du district d’inspection primaire de La Malbaie (ACIR), le premier syndicat dans l’enseignement rural au Québec dont elle en sera la secrétaire, faisant front commun aux côtés de la présidente; sa propre soeur. L’ACIR revendique notamment un salaire minimum à 300$ par année et que l’expérience minimale pour avoir droit à une pension de retraite soit abaissée à 20 ans. Et bien, 83 ans plus tard on ne parle pas de Laure Gaudreault pour rien; les revendications ont fait boule de neige et le lendemain, à peine, les institutrices de Jonquière, Alma et Chicoutimi feront la même chose qu’elle. La même année, la «Fédération catholique des institutrices rurales» de la province de Québec (FCIR) est créée. Une organisation regroupant 13 associations issues de 30 comtés du Québec. Boum! Elle upgrade ainsi son salaire à 450$ par année en devenant la première syndicaliste laïque rémunérée au Québec.

Le succès du «FCIR» est hurlant: entre 1936 et 1949, plus de 1 000 associations regroupant plus de 7 000 institutrices rurales sont créées au Québec. Re-boum! Malgré les tentatives anti-syndicalistes du gouvernement Duplessis, les conditions de travail des institutrices vont grandement s’apprécier dans les années qui suivront.

Et puis comme ont dit: «good job, well done» elle quittera l’avant-scène du milieu syndical pour se tourner vers la cause des enseignants retraités jusqu’à la fin de sa carrière.

C’est pas mêlant, en lisant et en écrivant sur cette femme, j’ai eu les poils dressés tout le long. Wow, incroyable ce qu’une femme (disons que dans ce temps-là il n’était pas trop question de parité hommes/femmes…) ait pu faire en se levant debout et en disant:

« C’t’assez!!»

 

Laure_Gaudreault

 

Texte: Jean Berg

Photos: Ce n’est pas moi qui les ai prises 😉