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Un Pont sur le Saguenay en 7 points

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J’ai reçu en fin de semaine dans mon messenger un message non sollicité de monsieur Pierre Breton concernant un pont sur le Saguenay. Ce dernier est le champion de la construction de cette infrastructure depuis plusieurs années. Lorsque j’y pense j’ai de la difficulté à me faire une idée, il y a des plus et il y a des moins. Je ne veux pas non plus m’opposer au désir compréhensible des habitants de la Côte-Nord qui veulent être désenclavés. Regardons les éléments d’analyse à prendre en compte.

1- La fluidité et la sécurité

Ce n’est pas si long de prendre le traversier la majorité du temps. Un petit 20-30 minutes et on change de rive du Saguenay, une petite pause dans un voyage qui est souvent long. Par contre, l’été c’est l’enfer, des attentes de plusieurs heures ne sont pas rares d’un côté comme de l’autre même si la capacité des bateaux a été augmentée. Quelques accidents sont survenus à l’embarquement dont un très spectaculaire et mortel l’été dernier. Rien ne dit qu’un pont serait exempt d’accidents. Y a-t-il suffisamment de circulation sur une base annuelle pour justifier un ouvrage aussi gigantesque ?

2- Les emplois des traversiers

Plusieurs dizaines de personnes ont des emplois permanents et bien rémunérés aux traversiers. Ceux-ci contribuent à dynamiser les municipalités riveraines de Baie-Sainte-Catherine et Tadoussac qui serait autrement encore plus dévitalisé. La construction du pont amènerait sûrement un boum économique d’un ou deux ans. Mais après ? La logique d’un pont serait d’éviter les villages à l’entrée et à la sortie. On va avoir besoin de beaucoup de baleines pour garder vivantes les municipalités.

3- Le coût d’un pont

Les estimations varient pour les “pro-pont” à 300 millions à plus d’un milliard pour ceux qui sont à mon avis plus réalistes. Le Saguenay est large et très profond. Dans un milieu aussi sauvage, des imprévus sont presque inévitables. Dans un Québec où le gouvernement souhaite un 3ème lien à Québec, une très importante mise à niveau nécessaire du tunnel Louis Hyppolite Lafontaine a-t-on les moyens comme société de se payer un pont de cette envergure ? Pourrait-on quand même continuer à opérer le traversier comme on le voit à Québec.

4- L’environnement

En plein milieu d’un Parc Marin dont les règles sont de plus en plus sévères, quels seront les impacts sur l’environnement surtout pendant la construction dans un milieu aussi fragile. Devra-t-on arrêter de travailler aussitôt qu’un béluga s’approchera à plus d’un kilomètre ? Quand on sait que leur lieu de reproduction est dans le Saguenay dans la baie Sainte-Marguerite, interdire pour les observations. Étrangement, notre préfet veut créer un nouveau parc national dans ce secteur, mais il est partisan d’un pont. Parle-t-il des deux côtés de la bouche ? La présence d’une méga structure aura aussi un impact majeur sur le paysage de ce fjord encore malgré tout sauvage. Oui le pont pourrait être beau et impressionnant, mais cela signifie qu’il va coûter plus cher.

5- La navigation

Le pont devra être assez haut pour laisser passer de gros bateaux en route vers le port de Grande Anse, encore là cela signifie des coûts qui auront tôt fait de faire paraître les 300 000 millions comme de la petite monnaie. Le bruit des gros camions au-dessus de la rivière aura-t-il un impact sur la faune marine? Pas plus que les traversiers, j’imagine.

6- L’acceptabilité sociale

Sur la Côte-Nord elle est très forte, quasi unanime. Dans Charlevoix, on a une certaine sympathie encore les gens de la Côte-Nord qui sont des régionaux comme nous. Par contre, prendre le traversier est un peu exotique pour nous et pour les touristes aussi à condition qu’on n’attende pas pendant 3 heures. Nous nous interrogeons bien sûr sur les coûts et la capacité de payer des Québécois pour des infrastructures aussi gigantesques. Après tout ça fonctionne comme ça depuis 100 ans. Les Nord-Côtiers parlent de désenclavement, mais être enclavé c’est être cerné de tous côtés comme pris au piège. Ce n’est pas le cas puisqu’il y a des routes alternatives vers le Saguenay et ultimement Québec par Saint-Siméon et Sacré-Coeur. Pour le reste du Québec, je crois que ce projet les indiffère, car c’est très loin de leurs préoccupations surtout ceux de la couronne montréalaise qui font 2-3 de char tous les jours pour aller et revenir du travail.

7- Des solutions

Pourquoi pas un pont payant ? On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs et il y a plusieurs autoroutes payantes à Montréal.

Ajouter des bateaux en été. On doit bien avoir 2-3 vieux traversiers quelque part qui pourraient reprendre du service une couple de mois par année.

Avec l’allongement de la 20 jusqu’à Rimouski, les personnes en déplacement vers l’ouest pourraient avoir accès à mieux que l’Héritage II pour rejoindre la rive sud. Un traversier rapide et à haut volume amènerait la clientèle pressée directement sur une autoroute probablement au grand dam de Charlevoix qui perdrait de l’achalandage, mais n’oublions pas que le but est de désenclaver.

Partir une campagne sur Facebook pour ramasse de l’argent pour le pont, mais on se donne 100 ans pour atteindre des résultats.

J’ai 60 ans, est-ce que je traverserai le Saguenay sur un pont un jour, peut-être. Le projet a ses mérites et il est surtout important pour les Nord-Côtiers et je respecte ça profondément. Ils ont la tâche énorme de convaincre les Québécois à commencer par leurs voisins de Charlevoix et les Saguenéens qui réclament un deuxième pont à Chicoutimi. Ça va prendre plus que des “messengers” pour y arriver. J’ai le goût de les inviter à La Malbaie, à Baie-Saint-Paul pour venir nous parler de leur projet. Ça nous intéresse, il est important que nous soyons gagnés à votre cause pour la faire avancer. Bienvenue chez nous!