mon Village Paroles d'Harvey

Maudite bureaucratie

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Je déteste la bureaucratie, pourtant j’ai travaillé dans le service public presque toute ma vie. Rien ne me mets plus en furie que des formulaires, des répertoires téléphoniques pitonnés, des clics secure, des mots de passe à 8 caractères avec majuscules et signes spéciaux. Aujourd’hui même, je visite un site web de la formation professionnelle et je ne trouve pas réponse, je leur écris et ils me disent d’aller sur le web. “Tabarnouche”, j’en arrive du site. Partout où on appelle, on doit s’identifier: qu’elle était la grandeur des souliers de votre arrière-grand-mère ? La couleur des bas de votre père en 2007? et ainsi de suite. Notre vie est devenue un vrai parcours à obstacles. Pour avoir une entreprise aujourd’hui, particulièrement les travailleurs autonomes, il faut être très patient et courageux. Les plus grandes entreprises peuvent se payer quelqu’un chargé de s’occuper de ces montagnes de paperasses, de permis à obtenir, de redditions de compte et autre tâches ingrates et assommantes. Ça fait beaucoup l’affaire des avocats quand on doit se démener avec tous ces règlements et lois qui s’accumulent sans cesse. Il y a des frais à payer partout et pour tout. Quand j’étais dans les cégeps, on avait un groupe de travail sur l’allègement de la bureaucratie. Ça n’a rien donné, sauf à produire de la bureaucratie pour gérer le groupe de travail.

J’ai souvent été délinquant, je l’avoue. Je n’ai pas désobéi à la loi mais j’ai pris des risques dans mon travail. Je n’ai pas toujours suivi le chemin bureaucratique et c’est comme ça que j’ai réussi mes meilleurs coups. En suivant la voie du gros bon sens, on ne peut pas trop se tromper. On appelle ça la technique du fait accompli, c’est-à-dire qu’on se plie aux règles une fois que tout est fait. Si j’avais attendu l’autorisation du gouvernement pour un centre d’études collégiales au Temiscouata en 2015, il n’y en aurait jamais eu, ça ne rentrait pas du tout dans les règles. Les règles et l’éthique ce n’est pas pareil. On peut être hors règle tout en étant moral quand on ne déroge pas pour des raisons personnelles. Ma délinquance m’a parfois inquiété étant vraiment sur le fil du rasoir, mais mon aversion envers la bureaucratie était trop forte. Encore aujourd’hui, je me heurte à des gens qui se cachent derrière la bureaucratie pour ne pas sortir de leur zone de confort et quand c’est dans nos organisations charlevoisiennes, ça me fait encore plus enrager. Notre région, avec sa situation, ne peut pas s’engluer dans un mur de règles et d’obstacles. Mon but n’est pas que l’on ne respecte pas les règles, car elles sont là pour quelque chose. Par contre, peut-on être créatifs, rapides et collaborateurs pour ceux et celles qui créent le développement et la richesse ?

Je trouve difficile d’œuvrer dans un monde où pour parler au téléphonique, il faut faire un parcours avec un robot. Je trouve difficile de travailler dans un monde où quand on a une question sur un site web, on nous réfère au site web. J’ai de la misère avec les gens qui ne retournent pas leurs appels de peur d’être sortis de leur zone de confort. J’ai de la misère avec les dizaines d’identifiants et mots de passe partout, partout.

Finalement peut-être ne suis-je qu’un vieux grincheux impatient ? Mais c’est un cercle vicieux, plus je tente de passer outre à la bureaucratie, plus il y a de la bureaucratie et je blâme surtout les gens qui sont heureux là-dedans et qui s’en accommodent au lieu d’être en mode solution. Malheureusement ça existe dans Charlevoix et ça m’énerve. Que ceux et celles à qui le chapeau fait, le portent.