Agriculture en Évolution

Jean-Robert Audet le résilient

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Jean-Robert Audet est né dans une solide famille d’entrepreneurs. Ces grands-parents Audet et Gilbert étaient cultivateurs à Saint-Hilarion. C’est le curé Larouche dans sa volonté de développement économique qui aiguillonne Omer Audet et Bibiane Gilbert vers l’entrepreneuriat d’abord en complément de l’agriculture. Les Audet déménagent au sud-ouest de la rivière Malbaie et ils fondent Ciment Audet, une entreprise qui sera très prospère alors que le ciment s’achetait déjà coulé et formé. Omer Audet avait un chalet sur les bords de la rivière Malbaie à l’endroit actuel du Camping Au Bord de la Rivière. On assiste alors à l’explosion de l’activité du camping au Québec. Les terres étant assez grandes et l’esprit de développeur très présent de la famille mène à la création d’un terrain de Camping. Même s’Il a un nom officiel, nous l’avons toujours appelé le Camping Audet. Omer et Bibiane se promenaient sur le terrain  après le souper avec leur kart de golf et faisaient faire des tours aux enfants dont je faisais partie à l’époque. Il y a une petite ferme sur le site qui fait le bonheur des enfants. Tandis qu’Omer opère, Bibiane gère et les enfants sont plongés très jeunes dans le travail et le monde des affaires. Cela marquera fortement Jean-Robert qui sera un entrepreneur toute sa vie avec les hauts et les bas que cela implique.

Emplacement près de la rivière

Emplacement près de la rivière

Après des sciences pures au Cégep, ne sachant pas trop où se diriger, il feuillette le répertoire des programmes de l’Université Laval et s’arrête sur agroéconomie, le mixte de la terre et des affaires.  Il était déjà intéressé par le marketing, entre autres par la création d’une image de marque pour la compagnie de ciment de son père. À la fin de ses études, il devient fonctionnaire au Ministère de l’Agriculture, mais ce sera de très courte durée. Le ministre de l’Agriculture est Jean Garon et son patron immédiat est Ronald Carré de Saint-Siméon.   Après deux ans dans les bureaux gouvernementaux, il se trouve un peu trop loin du plancher des vaches (ou des veaux, dans son cas). Avec son épouse Linda, ils créent la Ferme Jean Robert Audet.  L’arrivée de l’assurance stabilisation ouvre des  perspectives aux personnes qui veulent se lancer, dès le départ, il fait face à la récession du début des années 80 et les circonstances le projettent le dos au mur. Il réussit toutefois à redémarrer. Avec son camion, il livre lui-même son veau de grain dans les épiceries, boucheries et restaurateurs. Il réussit à écouler 10 veaux par semaine. À l’époque le veau de grain est méconnu et absent au Québec. C’est le veau de lait qui domine le marché.  Les chefs des grands restaurants cherchent à avoir un veau plus tendre, mais sans sacrifier le côté laitier complètement. C’est ainsi que Jean Robert crée une alimentation hybride gain et lait en 1987.

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Il fait un voyage en Europe pour y étudier les méthodes d’élevage, mais surtout la mise en marché. L’aspect achat local  y est déjà omniprésent, mais les méthodes d’élevage du veau de lait  ne sont pas au sommet du bien-être animal. Mais ce qui inspire davantage Jean-Robert, c’est la commercialisation des marques. Déjà labellisée en France, cette réflexion est à ses premiers balbutiements au Québec. Au retour, il tourne les noms dans sa tête ”Veau de Saint-Agnès, veau du père Audet ou veau de Charlevoix. Tout le monde sait quel nom a été retenu. Le nom doit s’accompagner et c’est Alain Boucher qui se charge de sa conception.  Et la Ferme Jean Audet devient la première exportatrice du nom de Charlevoix en agroalimentaire. Il en est maintenant à 20 veaux par semaine, vendus en carcasses. Premières émissions de télé s’intéressent au modèle d’affaires du Veau de Charlevoix et sa notoriété s’agrandit.  Malheureusement en 1993, le troupeau est décimé par la maladie ce qui oblige un autre nouveau départ.

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En 1994, Jean-Robert est mis en contact avec la table agroalimentaire de Drummondville ce qui mènera à la création de la table agrotouristique de Charlevoix qui assit ensemble les producteurs agroalimentaires et les chefs de cuisine de Charlevoix. Les produits locaux d’animaux n’ont pas l’opportunité de faire abattre leurs bêtes dans Charlevoix et les coûts de les transporter hors de Charlevoix pour l’abattage à l’extérieur et les ramener est élevé. Le projet d’un abattoir régional commence à se discuter.  Jean-Robert repart en Europe et il visite un petit abattoir régional dans la région de Belfort. Il opère sous une formule communautaire avec une propriété collective.

Au retour, des rencontres ont lieu avec Guy Néron de la corporation de développement industriel et Mathias Dufour, maire de Clermont. Les études s’empilent sur la possibilité de créer un abattoir régional. Finalement, l’approche communautaire ne fonctionne pas et le financement n’y est pas non plus. Entrepreneur né, notre personnalité décide de partir l’abattoir dans un bâtiment loué du parc industriel à Clermont.  En même temps que la marque Veau de Charlevoix est connue, il commence à y avoir de faux produits qui utilisent la marque, car rien de légal ne la protège. Des clients font part de leur insatisfaction alors que le veau consommé n’est peut-être pas celui de Charlevoix.  Traditionnellement beaucoup de cultivateurs, faute d’abattoirs à bon coût, abattent au bout de la grange, ce qui veut dire qu’ils sont tués  à la ferme contre les règles. L’arrivée de l’abattoir vise à donner une alternative à cette pratique ancestrale. Il est aussi question de développer de nouveaux élevages pour utiliser l’abattoir. Arrive alors un autre problème. Pas moyen d’augmenter les cheptels dans Charlevoix, parce qu’il n’y a pas assez de terres disponibles pour l’épandage de purin. Tout le monde se trouve bloqué à son niveau actuel et l’abattoir aussi.  Pour contrer ce problème, Jean-Robert donne sa recette d’alimentation à des cultivateurs du Lac-Saint-Jean pour qu’ils élèvent des veaux. Veau de Charlevoix devient alors Veau Saveur de Charlevoix.

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Une autre grosse étape est l’ouverture de boutiques au Marché Jean Talon de Montréal et au Marché du Vieux-Port à Québec. Il vend alors aux grands restaurants de Québec et Montréal comme Serge Bruyère à Québec. Les gens qui fréquentent les boutiques demandent aussi les autres produits de Charlevoix. Au bout de quelques mois, les produits en vente deviennent plus variés. À l’abattoir, u nouveau partenaire se pointe, il s’agit du FondsAction CSN, à noter que les employés sont syndiqués à cette centrale. Il possède à l’achat de l’ancien entrepôt de la brasserie Molson à La Malbaie. De nouveaux investissements sont en vue, mais il arrive une hausse importante du prix du veau vivant qui place l’abattoir en position de pertes financières et en difficulté. Des investisseurs se retirent. L’entreprise a alors 50 employés et 6 millions de chiffre d’affaires. Elle met en marché 100 veaux par semaine.  En 2005, un incendie détruit une étable et tue 300 veaux.

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À la recherche de projets régionaux le CLD de Charlevoix-Est achète la marque Saveurs de Charlevoix, ils engagent un directeur général et tentent de régionaliser le projet. Six mois plus tard, le bébé était mort.  La commercialisation de la marque échoue.

Une controverse éclate sur les méthodes d’abattage des animaux de boucherie, notamment pour la viande hallal. Même si les méthodes de l’abattoir charlevoisienne diminuent, la souffrance des animaux, les gens achètent moins de viande de boucherie. Encore un coup dur pour Jean Robert qui accumule les déconvenues alors qu’il est toujours à l’oeuvre pour sauver cet équipement régional et il n’a pas toujours l’appui des autres éleveurs de Charlevoix. En 2012, une ultime tentative de sauver l’abattoir avec la Ferme Basque, les Viandes biologiques de Charlevoix et autres éleveurs d’est en ouest avec un projet d’abattoir à 3 vocations (veau, porc, volailles) n’aboutit pas.

En 2014, il désire de ”tirer la plug”, il prend la décision de fermer. Un cancer du côlon vite traité et guéri l’arrête à peine de travailler.  L’entreprise MONPAC qui vient d’acheter son concurrent ECO-LAIT qui est en difficulté. Il achète la marque Veau saveur en raison de la très forte notoriété de celle-ci. Jean-Robert à 59 ans se retrouve devant rien. Ayant toujours rebondi, il monte une nouvelle fois un projet ambitieux pour ses deux fermes, personne ne se mouille pour le projet. C’est un autre coup de masse dans le front pour l’entrepreneur.

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Encore une fois, il se lance dans ce qu’il sait faire de mieux, c’est-à-dire de l’excellent veau, mais avec une tout autre philosophie. Au lieu de 500 veaux, il en a 100. Il dit qu’il peut même apprendre à les connaître dans les 7 mois qu’ils passent à la ferme dans des stalles où ils ont de l’espace pour bouger et pour respirer. Après toutes ces années, il décèle les comportements des veaux qu’ils comparent à des chiens sur le plan de l’intelligence.  Les veaux qu’ils élèvent aujourd’hui, des Holsteins, étaient autrefois majoritairement abattus à la naissance au bout de l’étable n’étant pas de lignée de boeufs de boucherie. Le projet actuel demande des investissements de 150 000$  et demeure artisanal, volontairement. Il vend à la ferme et dans les deux marchés publics de Charlevoix. Finis les épiceries et les restaurants et il envisage un maximum de 4 veaux par semaine. Actuellement, il en est à deux. C’est sous le nom du Veau de la Ferme Jean-Robert Audet qu’il est commercialisé.  Jean-Robert craint toutefois le tsunami et le moment où il devra dire au client : désolé je n’ai plus rien à vendre.

Vous pouvez vous procurez le veau de Jean-Robert directement à la ferme au Ruisseau des Frênes où aux deux marchés publics de La Malbaie et Baie-Saint-Paul. Il livre aussi partout au Québec à partir de son site internet www.fermejeanrobertaudet.ca

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