mon La Malbaie Paroles d'Harvey

La parole d’HARVEY! Maudite boisson

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Je m’appelle Claude et suis alcoolique, sobre depuis 33 ans.

Dès l’âge de 14 ans, l’alcool est entré dans ma vie, pas très longtemps après la drogue est arrivée aussi. La perte de mon oncle Louis Desbiens décédé au moulin à 33 ans, celui qui fut mon père spirituel, me pousse dans la consommation. A cet âge, la boisson est un phénomène de gang. Certains se casent en couple et tranquilles, d’autres comme moi et mes amis prenons un chemin très risqué. Beaucoup de folie, de conduite en état d’ébriété à l’halloween où nous passions pour « l’unisoif ». C’est encore le fun. A 19 ans dans mon cas, les signaux se font sentir et je vais prendre un congé maladie de mon emploi d’été. Et les signaux s’aggravent, un premier ami décédé noyé dans une initiation de cégep, un autre, ami de tous meurt dans une collision à 5 heures le matin. Pour mon gang c’est un premier choc collectif.

Au lieu de nous calmer, cela nous pousse encore plus loin. Plus d’alcool, plus de drogue. Pour ma part à 22 ans il est clair que la maladie mentale s’ajoute au portrait, premiers rendez-vous avec un psychiatre sans diagnostic. C’est l’époque de la cocaïne. Vous seriez surpris si je vous nommais les Charlevoisiens devenus célèbres qui en consommaient. Une dernière frasque, en pleine nuit je frappe un gars en mobylette qui vient s’assoir dans mon pare-brise. J’ai frôlé la mort à quelques occasions. Dans mon cas, j’étais au bout du rouleau.

Je cesse de consommer le 25 octobre 1985, mon premier fils Alexandre naît le 1enovembre. Je n’ai plus jamais consommé depuis. Mais n’allez pas croire que c’était fini. Pendant une dizaine d’années, j’ai fréquenté régulièrement les AA, mais malgré de grands progrès, je ne me sentais pas bien. J’ai fait 20 ans de thérapie psychologique et de croissance personnelle. On dit que l’alcoolisme, c’est 15% la substance et 85% le mental.

Dans mon cas c’était vrai. Je n’ai pas eu de difficulté à cesser l’alcool et la drogue. Mais j’ai dû travailler sur moi et je continue encore aujourd’hui. En 2009 j’ai reçu un diagnostic de bipolarité, on m’a donné un cocktail de médicaments un peu comme celui du Général Dallaire et depuis ce temps, je suis tout à fait stable. Malgré mes hauts et mes bas, j’ai toujours rempli des emplois de direction au Casino ou dans les Cégeps. L’alcool ne m’a jamais manqué, la drogue encore moins. Je sais que si j’y retouche, ne serait-ce qu’une seule fois je suis cuit.

Beaucoup de mes amis m’ont suivi par la suite, mon mentor Denis Gauthier, journaliste décédé il y a 20 ans a eu le bonheur de goûter plusieurs années de sobriété. Charlie du Charlevoisien a aussi connu le bonheur et plusieurs autres aussi. Dans les années 80, la boisson et la drogue paraîssaient anodines, mais inévitablement on se pétait la gueule. Et comme j’aime toujours souligner les bons coups est-ouest, dans ce domaine avec Vision d’Espoir et les AA Charlevoix sont toujours unis sans division politique, puisque tout passe pour l’amour et le cœur.

Je remercie mon Charlevoix de m’avoir respecté et permis de vivre 33 ans de sobriété, en personne optimiste j’espère en vivre toujours autant.