mon Baie-Saint-Paul Personnalité du jour

Omerto, la loi de la tomate.

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Une de mes premières rencontres dans Charlevoix s’est faite avec ce monsieur. Un grand gaillard très sympathique, et il me semblait bien important de parler de ce producteur belge de Baie-Saint-Paul arrivé ici il y a 22 ans. Mesdames et messieurs, il me fait plaisir de vous présenter l’histoire de Pascal Miche et d’Omerto.

Pour se retracer dans l’histoire, nous devons retourner quatre générations de Miche en arrière, là où tout a commencé. L’arrière-grand-père prénommé Omer avait une idée derrière la tête, celle de faire du vin de tomate. (Omer, tomate;to=Omerto) Malheureusement pour lui, il ne verra jamais son projet venir à bout. Puisque cela se concrétisera plusieurs années plus tard. Et il faut dire qu’en 1938 il a été obligé d’arrêter ses tests à cause de la guerre, disons qu’il a eu d’autres chats à fouetter! Le projet sautera 2 générations puisque le grand-père et le père de M. Miche étaient menuisiers/ébénistes et n’étaient pas intéressés à exploiter le fruit « Eux, ils étaient plus dégustateurs! me dit-il en riant. J’ai été élevé par mes arrière-grands-parents jusqu’à l’âge de 12 ans.

Pourquoi reprendre le flambeau familial de la tomate? «J’ai été élevé par mes arrière-grands-parents jusqu’à l’âge de 12 ans, un jour il a attrapé une grippe qui venait de moi et il ne s’en est jamais remis. Je m’en suis toujours voulu et je lui ai promis que j’allais continuer son rêve. Alors sa passion est devenue la mienne, je suis tombé dedans. Il a fait le défrichage et moi j’ai mis au monde son rêve».

Émigré au Québec, Pascal Miche essayera de trouver l’histoire de la tomate ancestrale ici au Québec. Il faut dire que les recherches sont longues dû à plus de 30 000 variétés de tomates dans le monde. L’entonnoir se referme sur 16 variétés cultivables dans Charlevoix et 32 ans de recherches plus tard, c’est 6 tomates qui seront sélectionnées pour confectionner le vin de tomate que nous connaissons aujourd’hui.

(Saviez-vous que la tomate a été importée ici il y a environ 400 ans et qu’elle vient du Pérou? )

Ensuite, la longue bataille s’amorce…

C’est durant une décennie complète que Pascal Miche se battra pour faire valoir à la «Régie des alcools et des jeux» que la tomate est un fruit et non un légume. Premier pas franchi, il aura ensuite l’idée de s’associer avec des producteurs qui jettent une grande quantité de tomates aux poubelles, refus catégorique. Finalement, il y aura un autre 6 années de bataille avec la SAQ pour pouvoir y vendre ses produits. En tout c’est 16 ans de batailles avant de pouvoir arriver au jour d’aujourd’hui. M. Miche est un conquérant, il ne s’est pas arrêter à miche-min 😉

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Est-ce qu’aujourd’hui c’est fait accompli, disons par rapport à votre arrière-grand-père? « Il y a toujours place à l’innovation.Par contre je ne veux pas avoir 40 produits. Il y a la possibilité de faire des cocktails, un truc sur lequel nous sommes présentement. Nous ne voulons pas nous investir trop vite non plus, nous jouons plus du côté de la prudence. S’investir pour être cloué sur un outil 24/24, ça ne m’intéresse pas. Le jour où je ne m’amuserai plus, je ne le ferai plus. Je garde cet objectif-là: aimer ce que l’on fait. Au niveau de mon arrière-grand-père c’est accompli depuis que j’ai le permis d’alcool, mais au niveau de faire ce que j’ai voulu accomplir dans ma vie, non. Il y a beaucoup à venir, il peut y avoir un porteur de ballon qui arrive et boum ça explose, voilà!»

Voulez-vous exploser justement? «En fait, je n’ai pas de limite, si l’on me demande de produire à gros volume demain matin, je le fais quoi! On ne sait jamais ce qui va arriver. Qui ne le voudrait pas!»

Êtes-vous, vous-même, dans les champs?  « Ouais, bien sûr! Ma femme et moi nous sommes toujours aux champs, à la production, à la vente, à la représentation, etc. Parfois, comme lors des plantations, nous avons des gens fournis par l’UPA et lors de la cueillette et tout nous avons la même petite équipe, mais sinon à longueur d’année nous ne sommes que deux.»

D’ailleurs, le couple tient à assurer la pérennité de l’entreprise donc sont toujours à la recherche de la perle rare qui voudra bien un jour reprendre la tomate, euh le flambeau! Pascal Miche est un innovateur qui a su rendre un rêve un peu fou possible. Maintenant il peut dire à son arrière-grand-père «mission accomplie papy».

 

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Texte et photo: Jean Berg

Photo de couverture: courtoisie M.Pascal Miche