mon Village Paroles d'Harvey

La « tradition » continue…

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C’est le blanc pour cette chronique, pas d’idée de sujet. Je vais être obligé de me rabattre sur mon sujet favori qui est la rivalité Est-Ouest. Est-ce que tout a été dit là-dessus? Sommes-nous vraiment conscients de son impact? Une chose est sûre, c’est qu’à presque tous les coups où je commence à jaser avec un touriste québécois ou une personne à l’extérieur de Charlevoix, on me parle de cette réalité. Beaucoup l’on vécue dans le cadre de leur travail, en parlant avec des Charlevoisiens ou par le biais de rumeurs avérées.

Cette méfiance et cette rivalité existent depuis les origines du peuplement de Charlevoix. L’implantation du Palais de Justice à La Malbaie en 1870 passe encore de travers dans la gorge de certaines personnes de l’Ouest. Au début, La Malbaie était plus développée que Baie-Saint-Paul avec deux seigneurs Fraser et Nairn qui s’en occupaient avec entrain, développant l’industrie forestière et la construction navale et assez rapidement la villégiature. Comme Baie-Saint-Paul avait été brûlée par les Anglais, il a fallu repartir à neuf. Il semblerait que lors de la colonisation du Saguenay Lac-Saint-Jean, notre division charlevoisienne se soit reportée sur les terres des bleuets avec des implantations distinctes. Il n’y a pas que la faille de Logan dans Charlevoix, il y a aussi la faille de Saint-Hilarion qui coupe le territoire naturel en deux.

Notre fracture fraternelle est ancrée très profondément. J’ai rencontré aujourd’hui-même l’ancien directeur général de La Pocatière et ce qu’il m’a dit: c’est que la propriétaire d’un gîte où il avait logé à La Malbaie avait comme principal motif de conversation de parler contre Baie-Saint-Paul et il est fort possible que le contraire puisse exister également à Baie-Saint-Paul.

Bien sûr, quand on se rencontre socialement ou devant les médias, on est très polis et gentils, mais quand on a le dos tourné c’est une autre paire de manches. A l’avantage de l’Ouest, les gens sont très ouverts et accueillants envers les gens de l’Est qui s’y installent et plusieurs participent très concrètement au développement du territoire. Qu’on pense aux Turcotte, Alain et Jean-Claude, Pascal Harvey de la SADC, moi-même dans les années 90, la majorité de mon cercle d’amis se trouvait dans l’Ouest et je croyais que tous les espoirs étaient permis pour l’avènement d’un seul Charlevoix. Je me suis fichtrement trompé, je crois qu’on a reculé depuis cette époque. On est toujours dans le régime de l’apartheid qui signifie : développement séparé. L’Ouest s’est brillamment développé et tout le monde dans l’Est le reconnaît. On vante la beauté de la rue Saint-Jean-Baptiste et du centre-ville. On envie le Massif et le Festif. On haït l’hôpital, on en est jaloux, on est frustré parce nous sommes pris avec un vieux bâtiment mal foutu et on a vraiment l’impression que les services glissent vers Baie-Saint-Paul. De plus, plusieurs trouvent qu’il n’y a personne dans cet hôpital de 260 millions. C’est le nouveau Palais de Justice 150 ans plus tard. L’heure de la revanche a sonnée.

Je me permets d’être un peu plus caustique sur ce sujet, j’ai perdu mes illusions, il n’y aura pas , dans un avenir prévisible, la création d’un véritable Charlevoix politique, puisque presque personne n’y voit un réel avantage. Seule une fusion forcée par le gouvernement pour des raisons financières ou dans le cadre d’un rebrassage des cartes du développement régional. Une chose est claire, autant dans l’Est que dans l’Ouest, on est tous du bon monde, on est tous des Charlevoisiens. Notre rivalité crée peut-être une saine émulation, une compétitivité productive et nos projets régionaux comme le train se font quand même.

« On aime haïr l’autre et on hait aimer l’autre »